Bonnes années 2010 ?

Il y a plusieurs façons d’expliquer la crise que nous venons de vivre. À première vue il s’agit du dérèglement d’instruments financiers de plus en plus sophistiqués et de moins en moins contrôlables (notamment la titrisation), rendus possibles par les nouvelles technologies et Internet. La finance serait dans cette hypothèse au cœur du problème et il suffirait de mettre en place des outils de contrôle efficients et de rétablir le ratio de fonds propres des banques, pour en finir avec cette crise et ses conséquences : faillites, endettement, chômage… “Ce n’est pas si grave, dormez bonnes gens”

Mais il y a une autre façon, beaucoup plus dérangeante d’expliquer cette crise. Les dérèglements que l’on a connus seraient non pas la cause, mais la conséquence d’une dérèglement autrement plus profond : L’Occident serait incapable de maintenir son niveau de vie sans s’endetter car les classes moyennes faute de salaires suffisants, ne peuvent plus consommer tout ce qui est produit. C’est la thèse de Jacques Attali dans “La crise et après ?” et “Survivre aux crises”. Les dérèglements financiers seraient alors la conséquence de quelque chose de beaucoup plus dangereux que l’on préfère ne pas voir.

Réfléchissons à la thèse d’Attali. En tant que salarié, je n’ai que deux moyens d’augmenter mon niveau de vie et donc mon pouvoir d’achat (hors rentes croissantes issus de capitaux ou de biens immobiliers) ; Soit mon salaire réel (hors inflation) augmente, soit je m’endette (mais je ne peux pas le faire sans fin et tôt ou tard il faudra solder les comptes). Et la seule manière pour une entreprise d’augmenter mon salaire sans alourdir ses coûts est de faire des gains de productivité, c’est à dire de faire réaliser le travail avec moins de ressources.

Or à mesure que l’Occident rentre dans une société de services, la productivité du travail augmente de moins en moins vite. Car si l’on peut toujours trouver (ou espérer trouver) une technologie plus performante pour une machine, comment peut-on accélérer toujours plus, une livraison de pizza, une séance d’acupuncture ou des soins à domicile ? Cela n’explique-t-il pas que la hausse des salaires réels se ralentisse en Occident et donc que pour augmenter (ou seulement maintenir) notre niveau de vie, la seule façon soit de nous endetter ? Coïncidence ? La productivité du travail, européenne et mondiale, a diminué de 1% en 2009, la première fois depuis 20 ans (elle a augmenté d’un peu plus de 2% aux USA, mais grâce à des millions d’emplois supprimés)

Si c’est la bonne explication, alors les crises sont devant nous. Sauf à trouver de nouvelles sources de productivité (croissance verte ?) et à apprendre (ou réapprendre) à nous contenter de moins, ce que l’on appelle la tempérance et la frugalité. L’économie et l’écologie seraient ainsi du même bord. Bonnes années 2010 ?

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3 réponses à Bonnes années 2010 ?

  1. Bonne année !
    Jacques Attali dénonce un manque de demande. Selon moi, le problème n’est pas que les gains de productivité augmentent de moins en moins vite. Je pense que le manque de demande est engendré par une mauvaise maîtrise des gains de productivité. Je le montre à :
    http://www.orvinfait.fr/gains_de_productivite_et_financement_des_retraites.html

    Il y a effectivement quelque chose de dangereux que la plupart des politiques ne veulent pas voir. Emmanuel TODD dont le premier livre paru en 1976 annoncait l’effondrement du monde soviétique, parle aussi d’un problème de demande.
    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20090723trib000402990/emmanuel-todd-le-protectionnisme-ou-le-chaos.html

    Si l’économie n’est pas organisée autrement nous allons vers le chaos.

  2. Guy VIALLE dit :

    Félicitations pour ta chronique dont je partage pour l’essentiel les commentaires. Toutefois, tu pars du principe que nous serions condamnés pour élever le niveau de vie à faire de la productivité pour permettre une augmentation des salaires, c’est faire l’impasse sur l’innovation et sur la qualité du service. L’innovation permet de faire mieux autrement ou autre chose alors que la productivité ne permet que de faire plus de la même chose avec moins de ressources. La qualité du service permet de facturer plus cher un service excellent, sommes-nous prêts à changer de boulanger au prétexte que le pain est 15% plus cher mais combien meilleur et la boulangère combien accueillante et belle au demeurant ?
    Quant à la consommation, la “frénésie” de l’achat inutile ou mimétique renforce le slogan : je dépense donc je suis. Le sens de la vie est reposé au travers de cette crise et donc celui des valeurs de l’Occident. Ethique, économie, écologie un cocktail dynamique à retrouver pour cette année 2010.

    Salut Guy et merci de ton commentaire. Ton boulanger peut toujours tenter de facturer 15% de plus pour un meilleur service ou un produit innovant, mai toi, comment fais-tu pour payer 15% de plus ta baguette de pain, si ton salaire et ton pouvoir d’achat n’augmentent pas ? C’est précisément la thèse d’Attali…

  3. Une consommatrice dit :

    Tout cela est fort juste : Il faut reconnaître que nous avons été aspirés par une incitation forte à consommer car de nouvelles technologies s’offrent à nous sur un rythme soutenu et que de plus, la dimension “développement durable” était inexistante : Je suis assez optimiste sur le retour à une forme de tempérance qui se fera naturellement en raison du facteur “écologique” par exemple, avant de prendre sa voiture pour aller chercher sa baguette de pain, on réfléchira si prendre son vélo ou aller à pied n’est pas plus adapté… Peut être reverra-t-on les comportements de nos parents et grand-parents qui gardaient les objets en disant “cela peut servir” être de nouveau à l’ordre du jour.

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