Disons adieu au socialisme

117036018Avant d’accéder au pouvoir, François Hollande aurait dû demander à son parti à quoi pourrait ressembler le socialisme, à l’heure de la mondialisation, du déclin démographique et du surendettement des États.

Les socialistes avaient le temps de réfléchir à la question. Ils ne l’ont pas fait et n’ont jamais tiré les leçons du tournant de 1983.

En 1997, la gauche retrouve la majorité parlementaire sans l’avoir conquise. La grande réforme du gouvernement Jospin est la loi des 35 heures. Après la retraite à 60 ans voulue par Mitterrand, la gauche française réaffirme son credo dans la réduction du temps de travail.

Au même moment, l’Allemagne s’applique à “travailler plus”, sous l’impulsion d’un social-démocrate, Schröder, plus en phase avec le travailliste Blair et le démocrate Clinton. On est déjà frappé alors par l’isolement du socialisme français. L’aubaine de la croissance permet à Jospin de masquer les problèmes.

Pourtant, à côté de ce socialisme conservateur, Jospin surprend en privatisant plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Et pour battre la droite, en 2002, le ministre des finances, Laurent Fabius, propose de baisser les impôts. Le socialisme français semble alors devoir céder la place à une nouvelle gauche postsocialiste. Mais le 21 avril 2002 stoppe tout.

La décennie 2002-2012 est celle du grand désarroi : les classes populaires se détournent du PS qui subit trois défaites successives à la présidentielle. L’Europe, qui réunissait encore les socialistes en 2002, provoque leur déchirement en 2005. Battu sur le plan national, le PS engrange de nombreuses victoires locales sans avoir rien fait pour les mériter. Cette illusion de vigueur l’a figé dans un conservatisme doctrinal éloignant le “parti de la culture” du monde en mouvement.

Au bout de cette décennie, dans un monde en changement, Hollande est élu Président, au terme d’une campagne qui aura vu tous les candidats ignorer notre époque. Son coup d’éclat, “mon ennemi, c’est la finance”, résonne comme un dernier défi maladroit lancé par un pays surendetté et qui doit emprunter pour assurer ses fins de mois.

Hollande ne peut plus ni relancer l’économie par la dépense ni mettre en place ces réformes dans lesquelles le mot “socialisme” trouvait sa raison d’être. Le mariage pour tous relève de ces dernières réformes bienvenues que l’on peut encore accomplir parce qu’elles ne coûtent rien et donnent l’illusion du mouvement. La création de quelques postes de fonctionnaires et la restauration de la retraite à 60 ans pour une poignée de salariés sont le dernier coup de menton d’un socialisme à bout de souffle.

Le Président ne gagne qu’un peu de temps en augmentant la pression fiscale, l’une des plus élevées du monde. Cette fiscalité décourageante contribue à gripper les ressorts de l’entreprise et a sa part dans le chômage record actuel. La gauche de gouvernement est prise au piège, entre l’évidence de son impuissance et ses prétentions idéologiques.

Élu Président socialiste dans un monde où le socialisme a disparu, Hollande découvre que le nouvel état du monde ne laisse aucune place au socialisme d’hier et que son parti n’a rien préparé pour le monde d’aujourd’hui. Après avoir inutilement accusé l’argent, l’euro puis l’Allemagne, notre Président devrait définir enfin une autre politique lui permettant de trouver un rôle dans l’histoire.

N’ayant plus d’autre choix, il est possible en ce début d’année 2014, qu’il soit en train de dire “Adieu au socialisme” et de chanter avec nous “Adieu foulard, adieu madras…”

D’après Dominique Reynié, Fondation pour l’innovation politique.

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