Les (très) bonnes raisons d’avoir confiance en l’avenir

Voilà un livre* de salubrité publique. On rêverait de voir sa lecture prescrite dans les lycées, les universités, et recommandée à tous, dans les bureaux et les usines, les villes et les campagnes. Et pourtant, l’auteur n’a rien découvert d’extraordinaire.

Historien de l’économie, professeur à Malmö, en Suède, ­Johan Norberg s’est contenté de rassembler des faits et chiffres qui n’ont rien de secret. Toutes les données de son livre sont disponibles, toutes les statistiques sont officielles. Mais le résultat est absolument bluffant ! Il montre à quel point, contrairement à ce que nous croyons tous plus ou moins, le monde actuel n’est ­nullement dangereux, détraqué, déclinant, appauvri… S’il n’est ni paradisiaque ni dépourvu de problèmes, notre présent est mieux que le passé, à tous points de vue et objectivement.

Car le grand mérite de son ­enquête est de s’en tenir aux faits. Or, durant les deux derniers siècles, l’humanité a franchi plus de seuils qu’au cours des millénaires précédents. Au fil de dix chapitres truffés d’informations, l’historien rappelle comment les famines ont pratiquement disparu, combien la durée de la vie a augmenté, et à quel point tout le monde, malgré ce qu’on ne cesse de répéter, s’est enrichi.

En effet, la grande pauvreté a reculé de 42 % (1981) à 10,7 % (2013) de la population mondiale. De même, l’illettrisme est en chute libre, qui est passé de 80 % de la population du globe en l’an 1800 à 15 % aujourd’hui. Globalement, les humains vivent réellement plus riches, en meilleure santé, dans des habitats plus ­confortables, tout en étant plus instruits et en travaillant moins ! A quoi il faut ajouter, pour que le tableau soit exact et complet, que le monde actuel est considérablement moins violent, plus égalitaire, et même nettement moins pollué qu’avant.

Il ne s’agit pas d’en conclure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. D’ailleurs, Johan Norberg ne prêche aucune forme d’optimisme béat. Il veut seulement combattre le catastrophisme ambiant, fait d’un mélange d’ignorance pure et simple et de complaisance envers cauchemars et apocalypses. Car elle s’est faite vite et sans bruit, cette révolution qui rendu notre monde plus protecteur et plus sûr qu’il ne fut jamais. Elle demeure comme invisible et silencieuse, alors que les malheurs du monde s’affichent bruyamment.

Le plus frappant demeure finalement notre ignorance fantastique de la réalité. Par exemple, plusieurs études ont montré qu’en moyenne, les deux tiers de nos contemporains sont persuadés que l’extrême pauvreté a progressé dans le monde ces vingt dernières années, alors qu’elle a été considérablement réduite. La structure des médias est sans doute responsable pour une part de cette vision noire : comme chacun sait, on ne signale que les ­accidents d’avion, pas les atterrissages réussis.

Mais la propension à se lamenter est une vieille affaire : « Nous sommes arrivés en des temps mauvais, et le monde est devenu très vieux et malfaisant. Les hommes politiques sont très corrompus. Les enfants ne ­respectent plus leurs parents », dit une stèle chaldéenne 3.800 ans avant notre ère. Du côté de la lucidité, les progrès sont décidément très lents.

*10 bonnes raisons d’avoir confiance en l’avenir, Johan Norberg, commenté par Roger-Pol Droit, Le Monde juin 2017.

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