Éloge de la lecture

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé” disait Montesquieu.

Pour Chantal Thomas “Lire est un acte intellectuel et sensuel qui démultiplie notre horizon. On est à la fois ici et très loin, ou dans une mentalité qui nous était étrangère et qui devient nôtre, c’est une des magies les plus fortes qui nous soit offertes”

Selon les neurobiologistes, la lecture d’un livre engage plus de 80 % de notre activité mentale, contre seulement 15 % lorsque l’on voit un film. Lire affûte notre esprit, tout en contribuant à notre bien-être en diminuant le stress.

En 2009, une étude britannique a établi que la lecture fait baisser le stress de 68% en six minutes, mieux qu’une tasse de thé, une promenade ou l’écoute d’une musique classique.

Car la lecture est une oasis, un abri qui protège de la vitesse et de l’immédiateté du monde en nous permettant de prendre le temps de penser, d’analyser, de se construire, de rêver sa vie. Quand on lit, on écarte les sollicitations extérieures pour entrer dans un autre temps, une autre respiration, ou l’on réapprend à être attentif.

Il a été démontré que la lecture, celle de grands romanciers en particulier, développe notre empathie et notre capacité à nous mettre à la place de l’autre. Des bibliothérapeutes, vont jusqu’à prêter des pouvoirs guérisseurs aux livres, prescrivant tel ou tel roman selon que l’on souffre d’un chagrin d’amour ou… d’une jambe cassée.

La lecture apporte des bénéfices incomparables en termes scolaires : meilleurs vocabulaire, orthographe et syntaxe, plus grande aisance. C’est pourquoi, la lecture permet en général de faire des études plus poussées.

Si les gens ont envahi les librairies après les attentats de 2001/2015 et pendant le confinement, c’est parce que la lecture est non seulement utile mais aussi vitale. Quand tout autour de nous s’écroule, elle nous abrite et nous aide à mettre des mots sur nos maux.

Ses bienfaits, pour être littéralement inestimables, n’en trouvent pas moins des applications concrètes. Elle fait de meilleurs médecins, par exemple. Car manier le bistouri ou délivrer une ordonnance ne suffit pas, il faut aussi savoir raconter et écouter.

La lecture fait aussi de meilleurs juges car un magistrat ne peut se contenter de connaitre la loi; Il doit l’appliquer en tenant compte des situations particulières. Ce que permet précisément la lecture des romans, qui développe la compréhension de l’autre et donc la prise en compte du contexte dans lequel se sont déroulés les faits.

Et la lecture nous aide aussi à mieux dialoguer et à mieux communiquer, car en élargissant et en enrichissant la palette des mots et des idées à notre disposition, elle permet de mieux les choisir et de mieux les adapter à ce que l’on veut dire ou écrire.

Nous sommes des êtres d’émotion et d’intuition autant que de raison. La lecture est précieuse non seulement pour le savoir que nous en retirons, mais aussi pour les vibrations qu’elle fait naître dans nos esprits.

“L’imagination est plus importante que la connaissance” disait Einstein.

D’après Minh Tran Huy, Le Figaro, 2018
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Le stoïcisme, un remède cognitif au coronavirus

Approprié aux revers de l’existence, et en nous préparant psychologiquement au pire, le courant philosophique de Marc-Aurèle et de Sénèque a, en ces temps de pandémie, particulièrement la cote.

“N’agis point comme si tu devais vivre des milliers d’années ! L’inévitable est sur toi suspendu… ” méditait Marc-Aurèle dans ses Pensées pour moi-même, rédigées entre 170 et 180 après Jésus-Christ, au temps de l’épidémie qui porte le nom de sa dynastie, la peste antonine, cette maladie, qui était en réalité une variole et qui l’a peut-être tué.

Dix-neuf siècles plus tard, en pleine crise du coronavirus, le journal de l’empereur stoïcien et les Lettres à Lucilius, de Sénèque, font un tabac.

Pour ces sages grecs puis romains, il s’agissait d’anticiper le pire, notamment la perte de tout ce qui nous est cher. Grâce à la præmeditatio malorum un exercice de visualisation négative (s’imaginer veuf, ruiné ou aveugle, par exemple), et à certaines privations volontaires (s’exercer à vivre avec le minimum vital, sortir en sandales en plein hiver…), les stoïciens se préparaient aux possibles revers d’une vie imprévisible et souvent douloureuse, et à une élégante répétition générale de la catastrophe.

Relisons Sénèque : “En considérant d’avance tout ce qui peut arriver comme devant arriver, on amortira le choc de tous les malheurs, lesquels ne surprennent jamais ceux qui s’y sont préparés et qui s’y attendent. C’est pour ceux qui se croient en sécurité et qui vivent toujours dans l’attente d’évènements heureux, qu’ils sont pénibles”

La pandémie et les restrictions qu’elle impose, nous obligent à faire ce qu’ils nous conseillent depuis 2.000 ans : ne rien tenir pour acquis. Loin de la noircir, cette attitude donne de la saveur, du relief et du prix à notre existence. C’est pourquoi le stoïcisme est utile même pour ceux qui sont gâtés par la vie.

Épictète, dont le fameux Manuel, résume en treize pages toute la philosophie stoïcienne. Ce sage, boiteux, qui avait grandi esclave, partait du principe que “ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont”, principe qui inspira les inventeurs américains des thérapies comportementales et cognitives.

Ne pas en vouloir aux événements, travailler sur nos représentations, trouver dans le malheur une occasion de progrès intérieur, changer ce qui peut l’être, penser à la mort sans fascination, sans grandiloquence, sans esquive, sans indifférence. Et cultiver chaque jour la gratitude et l’émerveillement.

Les prescriptions universelles de ces psychologues avant l’heure n’ont pas pris une ride.

 Sénèque “La tranquillité de l’âme” – Et Stéphanie Chayet, Le Monde juin 2020.

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Les cinq meilleures applications pour s’aider à méditer

En obligeant le cerveau à se concentrer sur le corps et la respiration et en ralentissant la production d’idées, la méditation permet d’échapper à l’envie de faire toujours plus de choses, à l’hyperactivité, au bruit, au stress, à l’anxiété… Mais c’est une discipline qui demande un apprentissage. Voici les cinq meilleures applis pour y parvenir.

Petit BamBou (petitbambou.com) :
Le couteau suisse du nirvana, quels que soient les objectifs et les situations des pratiquants, novices ou expérimentés. Ils sont 4,4 millions (dont 37 % d’hommes) à avoir installé l’appli à l’effigie du moine bouddhiste.

Une quarantaine d’auteurs et de voix parmi lesquelles celle du psychiatre Christophe André, proposent 820 séances, avec 9 programmes fondamentaux, de 8 à 12 séances chacun, pour ancrer sa pratique, observer ses ressentis, ou encore aller vers soi, avant de pouvoir se tourner vers des méditations personnalisées, axées sur le mental et le corps. Un parcours en douceur et évoluant au rythme de chacun, couple, parent, enfant ou senior.
Le petit plus : La rubrique “Santé” propose des méditations ciblées pour se préparer à la chirurgie ou prévenir le burn-out (épuisement professionnel)

Headspace (headspace.com) :
Dotée d’un univers graphique tout en rondeur, l’appli anglo-américaine dispose de 500 contenus adaptés à des situations et des états émotionnels variés.

Outre toute la panoplie pour améliorer son sommeil, réduire le stress, l’anxiété ou l’irritabilité à travers des cours thématiques et des méditations guidées ou non guidées, Headspace dispense aussi des cours et des exercices yeux ouverts pour pratiquer la pleine conscience, en mangeant, en marchant, en allant au travail, ou chez soi.

Par exemple, les méditations à pratiquer sur le trajet du travail consistent à porter son attention sur son corps pour y arriver dans les meilleures dispositions possibles. “Mangez consciemment” et ses 30 sessions aident à changer sa relation à la nourriture.

Le petit plus : La rubrique “Conseils et assistance” offre des vidéos d’une minute pour mieux appréhender les techniques, telles que : créer les conditions idéales pour sa pratique, procéder au scan du corps ou reconsidérer son rapport à I ‘effort.

Mind (mind-app.io) :
Martin Aylward le fondateur de Mind, 30 ans de pratique et 20 ans d’enseignement, anime le programme d’initiation en 3 étapes au cours duquel il guide progressivement le débutant. À l’issue de cet apprentissage, il peut alors s’adonner à l’un des 11 programmes thématiques, soit 136 séances dont une dizaine pour entraîner son esprit à être plus libre et détendu, cultiver sa créativité ou encore booster sa confiance.

La rubrique kids héberge 4 programmes pour les 4-12 ans (méditations guidées, yoga, contes et jeux), conçus par l’auteure du best-seller “Calme et attentif comme une grenouille”
Le petit plus : La rubrique “Toutes vos statistiques” permet de visualiser le nombre de séances écoutées et celui des programmes finalisés, le temps de minutes passées à méditer ainsi que le nombre de personnes qui en temps réel méditent elles aussi.

Namatata (Namatata.com) :
“Bonjour, je suis Antoine Gerlier et ma vie a complètement changé grâce à la méditation. J’ai appris à lâcher prise, à mieux dormir et à gagner en confiance” explique dans son programme découverte, le créateur de la méthode Namatata (Méditer avec Namatata First 2019) ; J’ai étudié pour vous les différentes techniques qui existent dans le monde, dont une apprise près de moines consistant à compter chaque respiration”

Antoine Gerlier partage son approche et ses expériences, ponctuées d’anecdotes, et guide pas à pas le pratiquant, dont il devance difficultés et interrogations, l’aidant à focaliser son attention pour l’aider à se recentrer. Chacune de ses 400 méditations est proposée en deux temps : 10 ou 20 minutes.
Le petit plus : Tout abonnement souscrit donne lieu à un abonnement dont peut bénéficier une personne démunie.

Calm (Calm.com) :
“Le meilleur moyen de prendre soin du futur est de prendre soin du présent” ; La notification quotidienne de l’appli Calm se rappelle à notre bon souvenir pour pratiquer une méditation libre, avec ou sans carillon, et chronométrée. L’appli propose 5 programmes thématiques de 7 jours sur les thèmes de la gratitude, du bonheur ou de l’estime de soi.

La start-up californienne aux 50 millions de téléchargements est la première appli de méditation outre-Atlantique. Sa spécificité ? Avoir un usage à 6o % lié au sommeil. Pour cela, l’utilisateur peut s’appuyer sur les “histoires pour dormir” contées par des comédiens. Il peut aussi choisir de s’endormir en musique avec des playlists ou grâce à des paysages sonores ou sons de la nature.
Le petit plus : A l’écran, l’appli guide la respiration avant la citation du jour.

D’après Marlène Duretz, Le Monde, mars 2020
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Défense de l’avocat

Pendant longtemps l’avocat a été sous estimé voire méprisé : “Viande sur l’arbre, beurre du pauvre, arbre à testicule, poire-alligator, foie gras végétal” ; Jusqu’à sa résurrection et son retour triomphal.

À San Francisco, pas une rue ou presque, sans voir un petit food-truck spécialisé dans les avocado toasts que l’on déguste au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner, après dîner. Pourquoi les Californiens sont-ils devenus des avocadolovers ?

Il est vrai que l’avocat ne marque pas les esprits tant il est ambigu (fruit ou légume ?) et tant sa texture est molle et sa saveur, insipide et fade. Mais c’est justement cela qui permet de le marier à une foule d’ingrédients : citron, citron vert, épices, crabe, crevette, seiche crue, mangue verte, feta, jambon, tomate séchée, œufs de saumon, de lump, de caviar… En toast, en guacamole, en dés dans un poke bawl…

Surtout l’avocat apporte de nombreux bienfaits nutritionnels (les diététiciens recommandent d’en consommer un demi par jour) :

– Ses acides gras insaturés (graisses mono-insaturées) sont excellents pour le système cardio-vasculaire car ses phytostérols font baisser le taux de mauvais cholestérol (LDL) et son acide oléique fait augmenter le taux de bon cholestérol (HDL)

– Sa haute teneur en fibres (7%) facilite la digestion et a un effet coupe-faim. Les acides gras qu’il contient donnent rapidement au cerveau, le signal de la satiété. Excellent, surtout au dîner.

– Riche en antioxydants, il diminue les risques de diabète, de maladies du cœur et pourrait même prévenir certains cancers notamment celui de la prostate. Ses vertus antioxydantes sont aussi indiquées pour réduire les inflammations, notamment celles de l’endomètre, durant les règles.

– Grâce à sa richesse en magnésium, il calme le stress et favorise le sommeil.

– On le sait, les carottes sont réputées être bonnes pour la vue. Eh bien l’avocat aussi ! Il contient également des caroténoïdes, en l’occurrence, la lutéine.

– L’avocat contient en outre de nombreuses vitamines (notamment les vitamines C, E et K) dont on manque souvent dans notre alimentation moderne. Ses graisses mono-insaturées et sa variété vitaminique, donnent de la brillance aux cheveux et rendent la peau éclatante. Quant à la vitamine K, elle impacte positivement la glycémie, c’est pourquoi l’avocat est conseillé aux diabétiques et aux femmes enceintes qui souffrent de carences vitaminiques.

Précieux conseil : Pour couper l’avocat, ne pas utiliser un couteau en métal qui accélère le processus d’oxydation du fruit et le fait brunir plus vite, mais un couteau en céramique ou en plastique. L’avocat ne noircira pas et restera frais… comme un bébé californien.

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Sept bonnes habitudes alimentaires pour ses articulations

Boire de l’eau
Le cartilage des articulations étant composé à 75% d’eau, s’hydrater est primordial. Et il faut boire, même quand on n’a pas soif, huit grands verres d’eau tous les jours, c’est-à-dire environ 1,5 litre. L’eau du robinet parce qu’elle est peu chère et peu minéralisée, est la boisson idéale.

On peut l’agrémenter d’un citron pressé, un agrume qui, malgré son goût acide, a des effets basifiants pour l’organisme. Le thé vert est également intéressant pour sa richesse en antioxydants.

Éviter les aliments qui favorisent l’inflammation
Tant qu’elle reste ponctuelle, l’inflammation de l’organisme n’est pas nocive: il s’agit d’une réaction normale du système immunitaire pour lutter contre les virus et les bactéries. Mais lorsqu’elle devient chronique, les ennuis commencent. Les cytokines, des molécules très puissantes et agressives produites pour neutraliser les agresseurs, se mettent à attaquer les cellules saines, et plus particulièrement le cartilage des articulations.

Il faut donc limiter les aliments qui favorisent l’inflammation : Charcuteries très chargées en oméga 6 qui sont des graisses pro-inflammatoires – Beurre cuit – Viandes persillées – Sucre et produits sucrés.

Parvenir à un bon équilibre acido/basique
L’acidité est le grand ennemi des articulations. Elle provoque de l’oxydation dans l’organisme, phénomène qui fait rouiller nos organes. Et les articulations sont une cible privilégiée. Pour savoir si notre organisme est trop acide, acheter en pharmacie des bandelettes réactives qui changent de couleur en fonction du pH de l’urine. S’il est inférieur à 6,5, alerte acidité !

Tous les aliments que nous consommons au quotidien sont acides, sauf les fruits et légumes qui, eux, sont basifiants grâce au potassium. L’idéal pour parvenir à un bon équilibre acide/base est de consommer 70% de fruits et légumes, 30% étant réservés à tout le reste. Pour y parvenir, partager son assiette en deux, une moitié pour les légumes, les crudités, l’autre moitié pour la viande, les féculents et le fromage…

Vive les Oméga-3 !
Les Oméga-3 qui sont des acides gras polyinsaturés, constituent une arme ultra-efficace contre l’inflammation. Des études ont montré que les cartilages de patients souffrant de douleurs articulaires ont un taux d’oméga 3 anormalement bas.

Deux à trois fois par semaine, manger des poissons gras : sardines, saumon, harengs, maquereaux… Pour les cuissons et les vinaigrettes, préférer l’huile de colza riche en oméga-3. Et déguster chaque jour des graines de lin et des oléagineux (noix, noisettes, amandes)

Des antioxydants vous veulent du bien
Vitamines A, C, E, K, caroténoïdes, polyphénols sont des antioxydants qui veulent du bien à nos articulations, car ils neutralisent les radicaux libres, des substances très agressives que nos cellules fabriquent au contact de l’oxygène, qui accélèrent le vieillissement des tissus et provoquent l’oxydation, qui est comme une rouille pour nos articulations.

On les trouve dans les fruits et légumes, toujours eux ! Parmi les fruits, privilégier les baies et fruits rouges (myrtilles, fraises, framboises, mûres, groseilles, cerises), les agrumes, les prunes, les kiwis, l’ananas et les dattes, tous très riches en antioxydants.

Pour les légumes, optez pour les crucifères (chou-fleur, chou rouge et blanc, chou de Bruxelles, chou frisé, brocoli, chou-rave, chou romanesco, radis noir, navet, rutabaga, raifort). Les fruits et légumes bio ont une teneur en nutriments protecteurs supérieure à ceux issus de l’agriculture traditionnelle et ils contiennent beaucoup moins de pesticides

Limiter les aliments frits
Les aliments frits, grillés, rôtis, sont à limiter. Car les hautes températures de cuisson favorisent la production de protéines glyquées, des substances qui déclenchent une augmentation des cytokines inflammatoires, ennemies de nos cartilages.

Mieux vaut cuire à basse température (four à 80°C) et utiliser des plats conçus pour cela, même si cela demande un peu plus de temps.

Essayer le sans gluten
Environ 10% de la population souffre d’un syndrome d’hypersensibilité au gluten dont les symptômes se manifestent souvent par de fortes douleurs articulaires. Irritée par le gluten auquel elle est trop sensible, la muqueuse de la paroi intestinale ne joue plus son rôle de barrière protectrice et devient perméable à tout, y compris à des molécules que le système immunitaire perçoit comme des ennemis. Résultat, il se défend et provoque de l’inflammation. En cas de douleurs articulaires persistantes, on a intérêt à éviter le gluten pendant trois mois et voir s’il y a une amélioration.

Il faudra se passer de tous les aliments qui contiennent du blé, de l’orge et du seigle : pain, pâtes, céréales, pizzas, viennoiseries, gâteaux, crêpes, produits panés et en croûte, biscottes, semoule, bière et de nombreux plats industriels utilisant le gluten comme liant. On pourra les remplacer par du riz, de la farine de maïs, de la fécule de pomme de terre.

D’après Isabelle Gravillon (nt-f.com) et Dr Philippe Veroli (Solutions naturelles pour vos articulations)
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La mémoire oubliée du coronavirus

Été 1968. Un virus inconnu déferle sur le monde. Il a démarré en Chine. Et fait, au bas mot, 1 million de morts, dont 50.000 aux États-Unis et, au moins, 30.000 en France. Un chef d’État, Willy Brandt, est touché. Des cheminots, faute de masques, sont à l’arrêt.

On vaccine, racontent les médecins survivants “sur les trottoirs”, à tour de bras. On meurt, “les lèvres cyanosées”, d’hémorragie pulmonaire ou d’étouffement. Et le mal va si vite que l’on n’a pas le temps d’évacuer les cadavres qui s’entassent dans les salles de réanimation.

Que ceux qui ont l’âge d’avoir vécu cette pandémie soient honnêtes : ils n’en ont, à l’exception des soignants, gardé aucun souvenir. Que les plus jeunes, saoulés au coronavirus, y songent : on ne leur parle jamais, sur les chaînes d’information, de ce précédent baptisé “grippe de Hongkong“. Et que les archivistes vérifient : la presse de l’époque, dix-huit mois durant, en parle, mais sans évoquer l’hypothèse d’un confinement et sans que l’on imagine de mettre la vie à l’arrêt.

1957-1958. Autre souvenir. L’épidémie, baptisée, cette fois grippe asiatique est partie des provinces de Guizhou et du Yunnan, c’est-à-dire, à nouveau, de Chine. Elle est passée par l’Iran, l’Italie, le grand Est de la France, les États-Unis. Et il ne lui a pas fallu six mois pour faire, encore, le tour du monde.

Deux millions de morts au total, notamment chez les diabétiques et les cardiaques. 100.000 aux États-Unis. Entre 25.000 et 100.000 en France. Des scènes d’épouvante dans les hôpitaux sous-équipés et submergés. Mais, malgré l’horreur, malgré les deuils, malgré un débat au Conseil de Paris où l’on envisage, sans s’y résoudre, la fermeture de certaines écoles, toujours pas de confinement. Une vraie présence dans les journaux, mais qui n’éclipse ni la guerre d’Algérie, ni la signature du traité de Rome, ni le retour de De Gaulle.

Un très curieux phénomène qui fait que cette pandémie s’est, elle aussi, effacée de nos esprits. Ces deux précédents, troublants de similitude avec la séquence actuelle, rappellent une évidence : le Spectacle fait loi et un événement n’est “historique”, il ne change le monde et ne départage un avant d’un après, que pour autant que les médias, dans leur griserie autoréalisatrice, en décident ainsi.

La planète a changé. Elle juge insupportables des hécatombes qui paraissaient, hier, dans l’ordre naturel des choses. On y fait du souci de la santé publique une mission régalienne des États au même titre que la sécurité ou les questions de paix et guerre entre nations. On y mobilise des moyens gigantesques pour, comme avec le sida qui a fait, soit dit en passant, un total de 25 millions de morts, inventer remèdes et vaccins. Et l’humanité, comme un seul homme, fait passer la vie avant l’économie. C’est magnifique !

Mais, de l’autre côté, on en fait un peu beaucoup sur le thème de la “pandémie sans précédent” ; On se trompe lorsqu’on nous dit que l’on fait face, avec ce Covid-19, au “pire désastre sanitaire depuis un siècle”. À moins d’une accélération toujours possible mais que n’envisagent, pour l’heure, pas les experts, nous sommes encore loin, dans un pays comme la France, des chiffres de 1958 et 1968.

L’autre conclusion c’est qu’il y a, et le constat est moins heureux, une part de surréaction et de panique dans nos attitudes d’aujourd’hui. La hantise et l’angoisse sont-ils les revers du progrès ? Et sommes-nous entrés dans une société de la pétoche ?

D’après Bernard- Henri Lévy – La Règle du jeu, avril 2020.
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Corona, m’aura pas !

Papa Amanveba, grand maître marabout, spiritualiste international, praticien traditionnel, éminent prêtre vaudou, désenvoûteur distingué, affirme avoir découvert une tisane contre le coronavirus qui lui vaut d’être dérangé dans son Bénin profond depuis toute l’Afrique, mais aussi depuis la France, l’Espagne et l’Asie.

Son remède garantit de détruire le virus en sept à seize jours. “Quatre personnes ont guéri grâce à moi en Italie” ; Sa voix caverneuse a l’air de s’échapper d’une lampe à huile…

Sa recette ? Un mélange de différentes écorces et de racines mais pour connaître la suite, il faut d’abord payer. “Mes informations ne sont pas gratuites”, précise ce grand maître des herbes, qui propose deux options pour la livraison : “Par DHL, ou sinon je peux aussi la faire apparaître à côté de votre oreille”

Va pour la deuxième solution, plus rapide mais pas moins onéreuse, puisqu’il faudra débourser 1 million de francs CFA (1 524 €), en commençant illico par 300 000 francs CFA déposés sur un compte Western Union. Quand on lui fait remarquer que ça fait cher la gorgée, le marabout s’énerve regrettant qu’on mette en cause ce “travail de qualité” et le fait qu’il soit “connu dans le monde entier”

Désormais, sur les glissières, les poteaux et les murs d’Afrique, la grande guerre contre les hémorroïdes a laissé place à la lutte contre le coronavirus. Et sur le continent africain, les Papa Amavenba sont légion. Leurs petites annonces pullulent sur les glissières d’autoroute à Dakar, les poteaux à Abidjan ou les murs à Conakry. Une multitude de petits billets qui arrivent jusqu’aux trottoirs de Barbès et les recoins les mieux cachés du Web.

Partout, le marabout tout-puissant, qui en temps normal guérit les maux d’amour par des philtres, résout les difficultés financières par la calebasse et soigne l’impuissance par le sceptre, est depuis quelques semaines focalisé sur le Covid-19.

Au Mali aussi, la pharmacopée traditionnelle voit sa clientèle gonfler avec l’épidémie. À Bamako, Jean-Baptiste Niéki confectionne des gélules à base de racines et d’écorces depuis vingt ans. Dans son labo, il propose quarante médicaments traitant la fièvre typhoïde, les infections, le diabète ou l’hypertension. Et il tiendrait déjà son remède anti-Covid-19, fait d’une mixture à base d’écorce de quinquina, l’arbre qui produit la quinine, cet alcaloïde dont la chloroquine est le substitut synthétique.

“Les symptômes sont similaires au paludisme, que nous savons soigner. La chloroquine donne de bons résultats et nous utilisons sa version naturelle” plaide-t-il, faisant fi des informations scientifiques qui n’arrivent pas aux mêmes conclusions.

Depuis janvier, les arnaqueurs fleurissent en France, selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ils proposent des purificateurs d’air, des lampes UV anti-Covid-19, des décoctions miracles…

Et aux États-Unis, Alex Jones, un animateur de radio proche de Donald Trump, fait la promotion de faux remèdes, dont un dentifrice à base d’argent, quand le télévangéliste Jim Bakker propose un gel colloïdal anti-coronavirus, et la Vivify Holistic Clinic un thé à base d’eupatoire perfoliée, une plante miracle.

Corona m’aura pas !

D’après Matteo Maillard, le Monde avril 2020.
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L’ennui au secours de notre créativité

La plupart d’entre nous redoutent que le confinement rime avec ennui et que nos activités quotidiennes perdent tout leur sens, nous conduisant à trouver le temps long, très long. Et si, au contraire, l’ennui était non pas un fléau mais notre allié ?

On rapporte qu’Isaac Newton aurait formulé ses idées les plus brillantes pendant une retraite fort ennuyeuse à la campagne. Les exemples de ce type foisonnent dans l’histoire des sciences, pointant le rôle potentiellement positif de l’ennui.

De fait, celui-ci peut nous aider à nous détourner de tâches peu motivantes pour nous réorienter vers des activités plus stimulantes. Sans perception de l’ennui, nous passerions peut-être des heures, voire des jours, à faire des choses inintéressantes. L’ennui aurait ainsi une véritable fonction adaptative pour nous aider à réorienter nos buts et à donner du sens à notre vie.

D’après Jaime Gomez-Ramirez (université de Toronto) et Tommaso Costa (université de Turin), il est même possible de modéliser le lien entre ennui et créativité. Selon eux, notre survie obéit à certains principes fondamentaux, notamment maximiser la stabilité pour ne pas avoir à faire face à des changements brutaux qui nous déboussoleraient. Ce qui rendrait notre vie agréable viendrait du fait que nous pouvons prévoir ce qui va nous arriver en limitant le niveau d’incertitude. La confirmation de nos prédictions nous procurerait ainsi un grand plaisir.

À l’inverse, une trop grande régularité, c’est-à-dire le fait de pouvoir parfaitement prédire ce qui va se passer, pourrait conduire à l’ennui qui, lui-même, nous ferait perdre tout intérêt dans l’expérience que nous vivons. C’est là qu’interviendrait le pouvoir positif de l’ennui en nous poussant à chercher des alternatives et à nous mobiliser pour modifier notre attitude et notre comportement.

Karen Gasper (université de Pennsylvanie) a récemment testé cette hypothèse. Pour ce faire, elle a tout d’abord proposé des films dans le but d’induire un état d’exaltation, de relaxation, d’ennui ou de tristesse chez les participants. Ceux-ci devaient ensuite réaliser deux tâches de créativité.

Dans la première, on leur proposait trois mots apparemment sans lien entre eux, et ils devaient trouver un quatrième mot en relation avec les trois premiers, comme si on vous donnait les mots cardinal, noir et mort et qu’il fallait trouver le mot point. Dans la seconde, on donnait aux sujets une catégorie, comme agrumes, et il s’agissait de trouver un exemplaire, comme orange.

Les résultats montrent que l’ennui est associé aux performances de créativité les plus élevées. Invités à donner un exemple de véhicule, les sujets qui s’ennuyaient produisaient ainsi plus souvent un mot rare comme chameau, montrant plus d’inventivité que les sujets se trouvant dans les autres états, qui répondaient voiture à cette même question.

Dans un travail très similaire de Sandi Mann (université du Lancashire), la moitié des sujets étaient d’abord soumis à une tâche ennuyeuse, comme copier des numéros de téléphone, alors que le groupe de contrôle ne faisait rien. Puis l’ensemble des sujets devaient imaginer toutes les utilisations possibles d’objets simples comme des coupelles en plastique. Une fois de plus, ceux qui s’étaient ennuyés se révélaient plus créatifs.

De nombreuses études confirment le rôle positif du vagabondage mental et des aires cérébrales qui y sont associées pour se remobiliser intellectuellement. Alors, en cette période de confinement, si vous voulez mettre le plus de chances de votre côté pour doper votre créativité, un seul conseil : ennuyez-vous !

D’après Sylvie Chokron, CNRS, Le Monde avril 2020.
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La vitamine D, indispensable à la santé et antivirus

Des données scientifiques mettent en évidence le rôle de la vitamine D dans la prévention du cancer. De multiples études ont établi qu’un taux suffisant de vitamine D est associé, indépendamment des autres facteurs de santé, avec une incidence plus faible de plusieurs types de cancers, dont le cancer du sein, du colon, des ovaires et des lymphomes (non-hodgkiniens)

Ces études montrent, que le statut vitaminique pour la vitamine D de la plupart des personnes en Amérique du Nord et en Europe, doit être fortement amélioré pour obtenir une réduction substantielle de l’incidence et de la mortalité par cancer.

En plus du cancer, plusieurs études ont montré qu’un statut vitaminique D plus élevé est également associé à un risque réduit de plusieurs autres maladies chroniques graves : maladies cardiaques, accidents cérébraux-vasculaires, ostéoporose, sclérose en plaque, diabète du type 1 chez l’enfant.

Plusieurs études ont aussi observé qu’un statut vitaminique D plus élevé est associé à une incidence plus basse et une sévérité moins grande aux virus de la grippe, de la pneumonie et autres maladies infectieuses, parce que les cellules chargées de tuer bactéries et virus, doivent trouver de la vitamine D pour pouvoir lancer le processus de défense.

Les moments de méforme et de blues, surtout en hiver, peuvent avoir pour cause un manque de vitamine D. En effet, celle-ci serait active pour protéger les neurones qui synthétisent la dopamine et la sérotonine, déterminantes sur l’humeur. Une étude américaine a montré que le risque de dépression est accru chez les personnes qui manquent de vitamine D. Et il existe de nombreux liens entre le manque de vitamine D et la fatigue chronique.

Or la plus grande partie de la population est déficitaire en vitamine D. On estime qu’en France plus de 70% des adultes hommes et femmes, ont un statut vitaminique D insuffisant.

Un statut vitaminique plus élevé peut être obtenu en augmentant les apports nutritionnels de vitamine D (notamment poissons gras et jaunes d’œufs) et par une exposition raisonnable au soleil. L’apport adéquat de vitamine D pour une réduction du risque de cancer dépendant pour chaque individu de son âge, de la pigmentation de sa peau (claire ou foncée), de son mode de vie et de la latitude de sa région de résidence.

Les études scientifiques récentes indiquent qu’un apport de 1.000 à 2.000 unités internationales (UI) par jour pourrait prévenir une proportion substantielle de cancers et serait aussi efficace pour réduire le risque de chutes, de fractures, de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de sclérose en plaque et de diabète de type 1 dans l’enfance.

Un apport plus important encore pourrait être nécessaire pour les personnes âgées et celles qui sont rarement à l’extérieur, celles qui évitent l’exposition au soleil et qui vivent dans des pays du Nord, à cause de la diminution de la synthèse cutanée de la vitamine D par exposition au soleil.

Est-ce la raison qui explique qu’en Afrique, pour l’instant (en plus d’une population beaucoup plus jeune qu’en Europe), il y a eu très peu de morts du Covid19 ?

Parmi les deux formes de vitamine D, la vitamine D3 bien plus assimilable que la vitamine D2, est deux fois plus efficace et son activité dans le corps dure beaucoup plus longtemps.

Les huiles de poisson (notamment de foie de morue), l’huile d’olive, le foie de veau, le hareng (fumé, grillé, mariné), les maquereaux, les sardines, le saumon, les truites, le thon en boîte, le  chocolat noir (40% minimum de cacao), le lait de vache, le jaune d’œuf, les champignons sont riches en vitamine D.

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Appauvrissement de la biodiversité et nouveaux virus

Nous envahissons les forêts tropicales et autres paysages sauvages, qui abritent tant d’espèces animales et végétales et au sein d’elles, tant de virus inconnus. Nous coupons les arbres, nous tuons les animaux ou les envoyons sur des marchés. Nous perturbons les écosystèmes et privons les virus de leurs hôtes naturels. Quand les virus ont besoin d’un nouvel hôte, c’est souvent nous” – David Quammen, journaliste scientifique 2012.

“Les trois quarts des maladies émergentes affectant les humains sont des zoonoses, des maladies transmises par des animaux. Parmi ces pathogènes, le virus Marburg, apparu en Allemagne en 1967, Ebola, détecté pour la première fois en 1976 au Zaïre et en République démocratique du Congo, le virus du Sida, découvert en 1981, Hendra, identifié en Australie en 1994, le virus SARS, responsable du syndrome respiratoire aigu sévère en 2002, en Chine, le coronavirus du syndrome respiratoire MERS-CoV en 2012″ – Kate Jones, chercheuse britannique, 2008.

“Déforestation, conversion des terres agricoles et intensification, ces changements rapprochent les populations de la faune sauvage. Lorsque la forêt tropicale profonde n’était pas exploitée, personne ou presque n’était exposé au risque de contracter un pathogène. Avec la déforestation en Asie, au Brésil ou en Afrique, des individus ont été exposés massivement à ces nouveaux aléas microbiologiques” – J.F Guégan (IRD)

Dans les écosystèmes riches, de nombreuses espèces, quand elles sont confrontées à un virus, peuvent le détruire ou ne pas le reproduire. Elles jouent un rôle de rempart. En appauvrissant les écosystèmes, on se prive des fonctions essentielles qu’elles exercent, qui sont celles de barrières naturelles ou encore d’épurateurs des écosystèmes.

Les espèces qui subsistent dans les écosystèmes les plus pauvres, tels un champ de la Beauce ou une ville bétonnée, sont souvent les plus prolifiques et les plus permissives pour les différents micro-organismes : des rongeurs ou certains oiseaux, plus susceptibles de contracter un pathogène et de le transmettre aux humains.

Si la diversité génétique permet d’offrir moins de prise aux pathogènes, l’élevage intensif favorise le phénomène inverse, en entraînant une simplification génétique et une uniformisation des espèces à de vastes échelles.

À ces éléments s’ajoutent une économie mondialisée et une population toujours davantage concentrée dans de gros centres urbains, à proximité de la faune. Autant de facteurs qui contribuent à faire qu’un virus comme le CoV-2, apparu sur un marché chinois, ait provoqué trois mois plus tard une pandémie mondiale.

Pour tous ces chercheurs, une prochaine pandémie est inévitable.

D’après Le Monde, avril 2020.
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La peur n’est pas l’angoisse

La peur, nous l’avions oubliée. Chacun, bien sûr, conservait ses craintes. Certains cultivaient même de singulières phobies. Mais les grandes terreurs, collectives, profondes, terribles étaient devenues histoires anciennes. Même nos fantasmes d’effondrement, nos récentes paniques collapsologiques avaient des airs de train fantôme pour fêtes foraines. En peu de jours, tout a changé et tous, nous apprenons la peur.

Elle prend divers visages : peur d’attraper le virus, d’en être gravement atteint, de voir l’un de ses proches disparaître. Mais aussi : crainte de perdre son emploi, de voir son budget amputé, de ne plus discerner l’avenir. Ou simplement, heure par heure, se demander si l’on n’aurait pas touché la mauvaise poignée, croisé une personne contaminante, si l’on ne serait pas, déjà, sans symptôme, porteur, vecteur. Alors, nous disons que l’angoisse nous submerge et nous ne voyons plus d’issue.

Pourtant, peur et angoisse ne sont pas synonymes, et leur différence offre peut-être une issue praticable. En relisant les Modernes, on constatera combien les deux se distinguent si fortement qu’il deviendra difficile de les confondre, comme on le fait trop souvent. S’il fallait tout expliquer, ce serait fort long, en cheminant de Kierkegaard (Le Concept de l’angoisse, 1841) à Sartre (L’Etre et le Néant, 1943), en passant également par les deux élaborations successives de l’angoisse chez Freud et par de nombreuses pages d’Heidegger (Être et Temps, 1927).

Sans entrer dans ces méandres, les traits distinctifs peuvent se schématiser ainsi : la peur a un objet, l’angoisse n’en a pas. La peur naît du dehors, l’angoisse sourd du dedans. Si la peur est bien un sentiment, elle demeure objective du fait de sa relation à des situations extérieures. Au contraire, c’est de nous seuls que parle l’angoisse, et non du monde qui nous entoure. Elle est liée à nos désirs et nos pulsions (Freud), à notre désarroi d’existant jeté dans le monde (Heidegger), à notre liberté absolue (Sartre).

A quoi pareille distinction peut-elle nous servir, dans la panique présente ? Une indication lumineuse se trouve chez Kierkegaard, à la toute fin du Concept de l’angoisse, essai superbe mais pas vraiment facile. L’hypocondriaque, celui qui tremble toujours d’être malade, “a peur du moindre rien” écrit-il, mais quand c’est le tour des vrais événements, il commence alors à respirer, et pourquoi ? Parce que cette réalité grave n’est cependant pas si terrible que le possible qu’il avait formé de lui-même et dont la formation employait toute sa force, tandis qu’à présent il peut l’employer toute contre la réalité.

La leçon n’est pas mince. Elle enseigne combien la peur ramène au réel, et permet d’agir. Parce qu’elle se surmonte. Socrate l’expliquait déjà : le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de se battre malgré la trouille. En revanche, on ne se délivre pas de l’angoisse. Il arrive évidemment d’en être plus ou moins transi. Mais personne ne peut s’en dire tout à fait exempt, à jamais délivré, puisque l’angoisse est métaphysique, religieuse, existentielle, indépassablement humaine.

Il ne faut donc pas craindre d’avoir peur. Et se fier comme toujours aux ressources du langage commun. Il nous apprend que l’angoisse est sans couleur, alors que la peur est bleue. Comme une orange, ajouterait Eluard. C’est ce qui la rend terrestre, praticable. Et même préférable, ces temps-ci…

Roger-Pol Droit, Le Monde avril 2020. 
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Best of Corona

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