Chantons “La Tendresse” pour nous faire du bien

La Tendresse est une chanson française interprétée par Bourvil et reprise par Marie Laforêt en 1964. Le texte de la chanson évoque cette forme d’affection bienveillante dont nous avons besoin, surtout dans les moments difficiles. En mars 2020, 45 musiciens et chanteurs ont repris depuis leur lieu de confinement “La Tendresse” sous la forme d’une Symphonie confinée, en soutien aux victimes du covid. Et puisque chanter fait du bien, chantons-la !

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Les (nouvelles) années folles

Cinquante ans après “Il est interdit d’interdire” (1968), on entre dans le temps des crispations identitaires et des interdits de toutes sortes.

Wokisme et cancel culture : Être woke (éveillé), c’est être conscient d’être un dominé ou un dominant, et d’agir en conséquence : Si l’on est un dominé (femme, noir, pauvre, homosexuel, transgenre…), s’organiser politiquement autour de cette souffrance partagée avec les autres membres de sa communauté. Si l’on est un dominant (mâle, blanc, hétérosexuel, riche, beau…), faire la liste de ses privilèges et s’en déposséder (ou se suicider !)

L’ultra-sensibilité aux discriminations, même mineures, conduit les militants de cette nouvelle culture à restreindre la liberté d’expression en pratiquant la cancel-culture (culture de l’interpellation ou de l’annulation) ; Par exemple, on va empêcher une traductrice blanche de traduire une poétesse noire, ou on va censurer un artiste que l’on accuse d’homophobie.

Antiracisme politique et indigénisme : L’antiracisme politique est employé par de nouveaux militants qui s’opposent à l’antiracisme “universaliste et moral” type SOS-Racisme. C’est la fin du multiculturalisme heureux, version United Colors of Benetton.

Ce nouvel antiracisme postule une barrière infranchissable entre les dominés et les dominants. Cette barrière aboutit par exemple, à des réunions non-mixtes où les membres de minorités peuvent se retrouver entre eux et d’où sont exclus “les dominants”

Constructivisme, théories de la race et du genre : L’abandon des grands récits comme le marxisme qui structuraient la pensée progressiste, conduit au repli sur son identité. Il s’accompagne d’une évolution des sciences sociales vers le constructivisme, c’est-à-dire l’idée que les faits sociaux ne seraient que des constructions sociales (“On ne naît pas femme, on le devient” disait de Beauvoir)

La race devient un déterminisme social que les minorités de couleur doivent se réapproprier. La différence des sexes serait elle aussi, une construction au service de “l’hétéropatriarcat”. Il faut libérer les minorités sexuelles de l’oppression. Et dans cette logique, l’activisme pour la minorité transgenre prend une place centrale.

Colonialité et décolonialisme : La déconstruction du colonialisme puise ses sources dans la pensée française (Sartre, Fanon, Senghor, Foucault, Deleuze, Derrida) qui ont inspiré les campus américains dans les années 1970. Selon ces intellectuels, la colonialité ne serait pas seulement une entreprise de conquête du XIX° siècle, mais une mentalité qui affecte tous les aspects de la vie humaine.

La colonisation serait la matrice de la culture occidentale qui se poursuit par les moyens d’une colonisation capitaliste. Le décolonialisme porte l’idée d’une déconstruction de la culture occidentale : il faut décoloniser les arts, la littérature, les corpus universitaires, les bibliothèques estudiantines, bref désoccidentaliser tout l’Occident.

Intersectionnalité et féminisme intersectionnel : L’intersectionnalité invite à croiser les caractéristiques identitaires d’une personne (genre, classe, sexe, religion, âge, couleur de peau…) pour la placer sur une échelle de discriminations ou de privilèges : Si je suis une femme, jeune, pauvre, noire, issue des îles, lesbienne, je vais cocher toutes les cases de l’oppression. Si je suis un homme blanc, âgé, riche et hétérosexuel, je vais cocher toutes les cases de la domination. Par exemple, dire que les contrôles d’identité ne s’appliquent pas de la même manière pour les hommes et les femmes, pour les jeunes et les moins jeunes, pour les blancs et les autres, c’est faire de l’intersectionnalité.

En pratique, l’intersectionnalité aboutit à l’effacement de la classe au profit de la race et du genre. Elle a donné naissance à un féminisme intersectionnel qui revendique des féminismes différents selon les groupes communautaires : blanc, afro, islamique etc.

Ces identités de plus en plus étroites et cloisonnées créent un double problème : Le nombre de critères identitaires est sans fin (origines, couleur de peau, handicap, profil psychologique, caste, pourquoi pas type de nez…) et plus on croise les critères (les sections), plus on est minoritaire, moins on a d’influence, ce que l’on va chercher à être tenté de compenser par de la crispation et de l’agressivité.

Souhaitons qu’après le flux, vienne le reflux et qu’on puisse un jour, de nouveau respirer.

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Courir pour vivre plus longtemps

La pratique sportive se révèle être le meilleur des médicaments, tant sur le plan curatif que préventif.

Les études se succèdent sur les bienfaits de la course à pied et battent en brèche les idées reçues sur ses méfaits supposés.

Une équipe de chercheurs australiens a planché sur les liens entre la pratique de la course et les risques de mortalité par cancer ou encore cardiovasculaires et leurs conclusions sont sans appel : La pratique régulière de la course à pied, même à faible intensité, réduirait le risque de mortalité cardiovasculaire de 30 % et par cancer de 23 %. En comparaison avec les non-coureurs, le risque de mortalité toutes causes confondues diminue de 27 %.

Et peu importe la quantité des efforts. Les gains attendus sur le risque de mortalité ne semblent pas dépendre de la quantité des efforts fournis, aussi bien en durée qu’en fréquence et en intensité. Les bienfaits de la course seraient obtenus, même avec une faible activité.

Ainsi, courir une fois par semaine, ou bien 50 minutes cumulées dans une semaine, à une vitesse minimale de 9 kilomètres par heure confère des avantages significatifs en termes de mortalité, toutes causes confondues. En revanche, les chercheurs n’ont pas trouvé la preuve que ces avantages augmenteraient, avec une plus grande quantité de course à pied.

Tout effort de course, même a minima, est bénéfique pour la santé. Cela pourrait donner un peu de courage à celles et ceux qui sont rebutés par cette activité sportive et encourager les coureurs réguliers à poursuivre leurs efforts.

D’autant que de nombreuses études ont récemment fait tomber les idées reçues sur les conséquences articulaires de la course à pied qui ne favoriserait pas l’arthrose du genou ni de la hanche, mais qui au contraire, aurait des effets protecteurs sur ces articulations. En outre les os des jambes se renforceraient, grâce aux chocs (légers) au niveau des talons.

Mais le choix des chaussures, le type de terrain et la durée de la course étant des éléments à apprécier en fonction de chacun, il est sage avant de pratiquer la course, de prendre l’avis d’un kiné.

D’après Stéphane Demorand, Le Point santé.
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Ces biais qui nous empêchent d’être lucides

Les “biais cognitifs” sont des mécanismes de pensée automatiques et inconscients qui faussent le jugement et conduisent à une appréciation fausse de la réalité. Ils empêchent d’être lucides, de s’adapter, de s’améliorer et de faire les bons choix de vie.

Quand ils sont trop forts, ces biais aboutissent souvent à des désastres, au travail, en famille, en politique. Voici les principaux biais dont il faut nous méfier.

 Le biais d’aveuglement : Je ne comprends pas ce qui se passe, je n’en saisis pas la cause profonde. Je refuse de voir la réalité en face et j’ignore les informations qui me déplaisent. Je suis à côté de la plaque et je vais prendre des risques sans même m’en rendre compte. Par exemple, ma femme est déprimée et je ne comprends pas que j’en suis la vraie cause (manque d’attention et d’écoute) ; Ou je pousse ma fille à faire une prépa sans comprendre qu’elle désire s’épanouir dans quelque chose de complètement différent (faire du théâtre)

Ce biais d’aveuglement est le père et le parrain de tous les autres biais. Par exemple le biais de crédulité : Je suis platiste et je suis persuadé comme 10% des Français que la terre est plate, en dépit de toutes les preuves scientifiques et le biais d’entêtement : Je refuse de m’être trompé, d’avoir fourni des efforts pour rien, d’avoir dépensé de l’argent pour rien, d’avoir perdu du temps (par exemple, j’attends le bus depuis 25 minutes et je me dis que je ne peux pas abandonner maintenant, donc j’attends encore)

 Le biais de confirmation : Je cherche et je retiens en priorité les informations qui vont dans le sens de ce que je crois déjà. Par exemple, je crois aux voyantes et dans tout ce qu’elles disent, je vais retenir ce qui colle avec ma vie. Ou je suis millénariste et je vois des signes de la fin des temps partout. Ou encore je suis obsédé par les inégalités et je vais voir, grossir et retenir tout ce qui reflète les inégalités (Piketty).

 Le biais d’attention : Je raisonne en fonction d’informations immédiatement disponibles dans ma mémoire (par ex. des souvenirs d’événements saisissants) qui me font surestimer certains évènements. Par exemple je retiens, parce que j’en ai peur, les crashs d’avion et les attaques de requins qui font la une des journaux, mais pas les accidents de voitures, les accidents domestiques et les erreurs médicales qui tuent pourtant beaucoup plus de monde.

 Le biais d’intention : Je crois qu’il y a une intention cachée et malveillante derrière chaque événement. C’est le royaume des complotistes. Par exemple, je suis convaincu que derrière l’attentat des Twin Towers de 2001, il y a la main de la CIA ou que l’élection de Macron en 2017 a été voulue et mise en œuvre par le Grand Capital.

Le biais de causalité, petit frère du biais d’intention : Je crois que deux événements qui arrivent en même temps sont forcément liés par une relation de cause à effet. Par exemple après l’attentat de Strasbourg d’oct. 2019, la présence de gilets jaunes m’a fait penser qu’ils étaient la cause de l’attentat alors que ce n’était qu’une simple coïncidence.

 Le biais d’autocomplaisance : J’ai une tendance narcissique. Je crois que je suis plus compétent, plus intelligent et plus objectif que les autres, que mes réussites sont dues à mes seuls talents et que mes échecs sont dus à des causes extérieures. J’ai tendance à croire que je sais déjà et à ignorer les faits nouveaux. Je refuse de sortir de ma zone de confort et j’évite de me confronter à des gens qui vont me remettre en question.

Il faut mettre au clair ces mécanismes de pensée, dans son entourage professionnel, familial, nous-mêmes et nous demander : Pourquoi tenons-nous autant à ces biais ? D’où viennent-ils ? Que révèlent-ils au fond ? Que faire pour mieux les maîtriser ?

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Quelle alimentation pour optimiser son sommeil ?

Notre alimentation a une influence directe sur notre sommeil. Et le manque de sommeil augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de prise de poids, de diabète, ou encore de dépression.

Presque toutes les fonctions biologiques de notre organisme sont régulées par des cycles d’une durée de 24h (le rythme circadien) ; Notre horloge interne va être le chef d’orchestre qui va réguler le rythme circadien des différentes fonctions. Ainsi, elle va contrôler la production de l’hormone du sommeil (mélatonine) en fin de journée et de l’hormone de l’éveil (dopamine) le matin. Elle va s’occuper de faire descendre notre température corporelle et notre rythme cardiaque la nuit, ou encore piloter la consolidation de la mémoire pendant notre sommeil.

Le matin, nous avons essentiellement besoin de dopamine et de la noradrénaline, qui vont être à l’origine de l’éveil et de la motivation
Le soir, nous avons essentiellement besoin de sérotonine et de la mélatonine, qui sont responsables de l’apaisement et de la régulation du sommeil
C’est pourquoi il est nécessaire de privilégier une alimentation favorisant la production de ces neuromédiateurs au bon moment de la journée. Voici comment :

Au petit-déjeuner, consommer des protéines animales. Celles-ci vont en effet favoriser la production de dopamine, qui va stimuler notre éveil et notre motivation. Au-delà de booster notre motivation et notre vigilance, la production de dopamine va optimiser la régulation de notre rythme circadien. Ainsi, le sommeil se prépare dès le petit-déjeuner !

On peut par exemple choisir : 1 ou 2 œufs, ou 1 yaourt (chèvre ou brebis), ou 30g de fromage, ou 1 tranche de jambon. Il existe également des alternatives végétales, notamment les oléagineux (amandes, noix, noix de cajou, etc.) et les graines de chia.

Pour le déjeuner, consommer des protéines animales ou végétales, pour avoir de l’énergie jusqu’en fin de journée. On peut par exemple choisir : 120g de poisson ou volaille, ou 2 œufs, ou 120g de tofu, ou 150 g de légumineuses cuites (lentilles, fèves, pois chiches, etc.) même si ce n’est pas l’option idéale à cause de la teneur en glucides.

Ces protéines doivent être accompagnées de légumes, qui vont favoriser le sentiment de satiété grâce à leur teneur en fibres, et permettre une diffusion progressive de l’énergie dans l’organisme grâce à leur indice glycémique faible.

Pour le goûter, choisir un fruit ou deux carrés de chocolat noir. Ils vont en effet permettre un apport en glucides : via la sécrétion d’insuline, ces glucides vont favoriser la production de sérotonine, le neuromédiateur responsable de l’apaisement et du bien-être. Et ils vont nous préparer au sommeil sans pour autant diminuer notre niveau d’énergie.

Accompagner cet apport en glucides d’une petite poignée d’oléagineux (idéalement noix et amandes), qui vont permettre d’apporter du tryptophane, un acide aminé à partir duquel est synthétisée la sérotonine.

Pour le dîner, privilégier un repas végétarien sans viande ni poisson ni œufs. En effet, la tyrosine (contenue notamment dans les protéines animales) favorise la production de dopamine, un neurotransmetteur qui est à l’origine de l’éveil et de la motivation. Si c’est idéal le matin pour booster la forme, notre organisme a plutôt besoin le soir de produire de la sérotonine, un neurotransmetteur responsable de l’apaisement et de la régulation du sommeil. Or, cette sérotonine est synthétisée à partir du tryptophane, un acide aminé que l’on trouve dans les protéines d’origine végétale : légumineuses, soja, riz complet, graines de tournesol, chocolat…

Par ailleurs, les protéines animales contiennent des acides aminés qui entrent en compétition avec le tryptophane. Ces acides aminés vont ainsi ralentir le chemin du tryptophane jusqu’au cerveau : il est alors moins bien assimilé, ce qui nuit à la fabrication de sérotonine et donc au sommeil.

Enfin, les protéines animales (surtout les graisses cuites) sollicitent trop notre organisme le soir car leur temps de digestion est plus long. L’organisme va devoir ainsi produire plus d’énergie, et donc un léger surplus de chaleur, pour permettre cette digestion. Or, il est nécessaire que notre température s’abaisse le soir pour favoriser le sommeil.

Opter donc le soir pour une portion de protéines végétales, ainsi que pour des aliments favorisant la production de sérotonine : Noix et amandes, yaourts et fromage, céréales complètes, fruits. Et éviter tous les aliments ennemis du sommeil.

d’après Julie (YUKA) avec Anthony Berthou, nutritionniste – décembre 2020.
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Proust, l’Indiana Jones des virus

Si son fils Marcel ne lui avait pas fait tant d’ombre, le père, Adrien, eût été la star de la famille Proust. Car lui aussi était un grand auteur, mais dans un autre registre. Ses premières armes anti épidémies, le jeune agrégé de médecine les affûte dans la capitale, en luttant contre la vague de choléra qui s’abat sur Paris et l’Europe en 1865, arrivée par la mer à Marseille depuis l’Égypte.

Les patients affluent, il n’existe aucun traitement, près d’un sur deux meurt. Même punition l’année suivante. Proust, doté d’impressionnantes compétences physiques et intellectuelles, se fait remarquer de ses supérieurs pour son sang-froid. S’il n’a jamais contracté de maladie, c’est pour avoir su garder une distanciation sociale et s’être lavé les mains et le visage régulièrement, sans oublier l’aération des pièces. Il prône aussi la quarantaine et même la séquestration, le mot de l’époque pour confinement.

En 1869, ses talents d’hygiéniste lui valent d’être choisi, par les ministres du Commerce et des Affaires étrangères, pour une mission de la plus haute importance. Il est chargé de remonter les chemins empruntés par les épidémies du Levant jusqu’aux portes de l’Europe. Il s’agit de comprendre comment les épidémies de choléra, de fièvre jaune, de variole ou de peste se faufilent jusqu’à nous. Il doit s’assurer des installations sanitaires mises en place par les États pour les contrer. L’Indiana Jones de l’hygiène internationale emprunte tous les transports possibles : train, bateau et même dos d’âne.

Son expédition débute par quatre jours de train jusqu’à Saint-Pétersbourg, alors capitale de la Russie, où il retrouve un médecin russe qui sera son guide. Toujours en train, il gagne Moscou, puis Nijni Novgorod sur la Volga. Un bateau à vapeur l’amène à Astrakhan, sur les rives de la mer Caspienne. En chemin, il s’enquiert de l’état des structures sanitaires chargées d’isoler les voyageurs malades venus de Perse par le Caucase.

Puis il emprunte un bateau à roues et débarque à Bakou. Les établissements de quarantaine y étant en ruine, il presse les autorités russes d’y bâtir un établissement sanitaire digne de ce nom. Après 7 000 km et 18 jours de voyage, il se joint à une caravane et se rend à cheval à Téhéran. Dans la capitale de la Perse, grâce à l’influence du médecin du chah, il obtient des autorités la création d’un conseil de santé international pour le choléra, ainsi que le principe de la présence de médecins sentinelles russes dans les ports perses de la Caspienne. Ils seront chargés de signaler le passage de maladies contagieuses.

Proust rebrousse chemin vers Bakou. À travers collines, steppes et lacs desséchés, il croise chameaux et nomades. À Constantinople, le grand vizir le décore de l’ordre du Médjidié. Après trois mois d’un voyage harassant (14 000 kilomètres) il rentre en France, convaincu que pour contrer les épidémies, les contrôles doivent s’effectuer au plus près des foyers infectieux.

Convaincu que l’hygiène est le meilleur moyen de lutter contre les virus et qu’elle est une cause planétaire, il n’a de cesse de plaider pour la création d’un office international d’hygiène publique et milite pour que les Britanniques, qui dominent le monde, adoptent des contrôles sanitaires plus stricts afin de protéger l’Europe des épidémies.

Il incite à améliorer les égouts et martèle la nécessité de consacrer des fonds publics à l’assainissement pour prévenir le retour de maladies. “Si un citoyen ou une ville manquent aux lois de l’hygiène, ils deviennent un danger pour les voisins et les cités du même pays”, écrit-il en 1889. En 1907, l’instance mondiale qu’il a tant appelée de ses vœux de son vivant est créée : l’Office international d’hygiène publique, l’ancêtre de l’OMS.

Chapeau l’artiste !

D’après Le Point , décembre 2020.
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Le vaccin, succès de la mondialisation libérale

La prouesse scientifique que constitue la mise au point, en un temps record, du premier vaccin contre le Covid-19 est le fruit de la mondialisation libérale.

La start-up allemande qui l’a présenté la première n’aurait pu ni le développer ni le tester aussi vite sans le capitalisme, sans le marché et sans Big Pharma : l’un de ses partenaires est l’américain Pfizer, l’autre est le chinois Fosun.

Tout dans cette histoire souligne le rôle clé de la libre circulation du savoir, des capitaux et des hommes pour repousser les limites du possible. Le vaccin est fondé sur les recherches d’une scientifique hongroise émigrée aux États-Unis. Il a été mis au point à Mayence par la PME allemande BioNTech, créée par deux médecins originaires de Turquie. Il a été testé simultanément aux États-Unis, en Chine, en Allemagne, au Brésil, en Argentine, en Afrique du Sud et en Turquie.

Il est produit en Belgique, en Allemagne et aux États-Unis grâce à la puissance de Pfizer, multinationale dirigée par un PDG qui incarne à lui seul l’aventure de la mondialisation contemporaine : Albert Bourla, vétérinaire grec né dans une famille juive en 1961 à Thessalonique, a vécu dans quatre pays et sept villes depuis qu’il a quitté la Grèce il y a un quart de siècle.

L’exploit accompli montre que la science, le progrès technique et même l’immigration ne sont pas le problème, mais la solution pour sortir de la pire crise de notre génération. Pourtant, combien n’a-t-on pas médit sur la mondialisation ! À gauche comme à droite, les politiciens et les commentateurs l’ont rendue responsable non seulement de la pandémie, mais aussi de la profonde récession qui l’a accompagnée. Ils ont mis à l’ordre du jour le retour des États, la restauration des frontières, l’interdiction de voyager, la relocalisation des chaînes de valeur. On allait voir ce qu’on allait voir.

On a vu. Les bureaucraties ont failli. Elles n’ont rien planifié en dépit des alertes récentes du Sras, d’Ebola ou de la grippe H1 N1. Elles n’ont pas fait de stocks de masques. Elles n’ont rien trouvé de mieux que de torpiller l’économie pour préserver la santé publique. Elles ont multiplié les mesures liberticides. Elles n’ont pas empêché la seconde vague de l’épidémie. Imagine-t-on où nous en serions si nous avions confié la recherche d’un vaccin aux États plutôt qu’aux entreprises privées ?

Si on avait écouté la droite nationaliste, BioNTech – entreprise fondée par un immigré et une fille d’immigrés venus de Turquie – n’aurait jamais vu le jour, et le patron de Pfizer serait toujours en Grèce. Si l’on avait suivi les écologistes décroissants, la technologie révolutionnaire du mRNA, fondée sur le génie génétique, n’aurait pas existé.

Si l’on avait obtempéré aux oukases antimondialisation des ténors de la gauche comme Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg, il n’y aurait pas de coopération internationale entre les entreprises pharmaceutiques, qui sont mues par l’excitation de la recherche scientifique mais aussi par la quête du profit.

Pfizer a pu se permettre d’investir 1,5 milliard de dollars dans un vaccin inédit parce qu’elle était une de ces multinationales honnies. Pour avancer plus vite, Albert Bourla a refusé toute aide de l’État américain. “Je voulais que nos scientifiques soient libérés de la bureaucratie”, a-t-il expliqué.

Une leçon à méditer. “Ce qui nous rend forts, a tweeté en Allemagne le député libéral Johannes Vogel, c’est d’être un pays d’immigration, une économie de marché et une société ouverte” ; BioNTech symbolise la vitalité du tissu des PME allemandes, qui profitent d’un environnement favorable à l’entrepreneuriat, d’une fiscalité qui respecte la production et de la présence de fortunes privées : elle a été créée grâce à l’argent apporté par deux riches entrepreneurs allemands.

D’après Luc De Barochez, Le Point, novembre 2020.
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De la cool attitude à la woke attitude

Aux États-Unis, et par influence dans les grands pays développés, depuis plus de 25 ans, la posture dominante des personnes à haut niveau d’éducation, était la cool attitude, la prise de recul, le calme, l’évitement du conflit direct, le laisser faire. Souvenons-nous : “Cool man !…”

Depuis quelques années, c’est l’attitude woke qui prend progressivement le dessus. Woke c’est l’éveil, l’attention, la vigilance. Cette vigilance est perçue comme s’opposant à l’indifférence. C’est l’impact de la stagnation des revenus, du manque de considération, de l’évidence d’inégalités croissantes, ainsi que l’influence des activistes, des lanceurs d’alertes, des facts checkers qui a fait bouger les lignes.

L’idée est qu’on ne peut pas se contenter d’être cool, on ne peut pas rester indifférent, il faut montrer que l’on s’engage, que l’on soutient. Dans les discussions sur les problèmes de sociétés, les gens s’interpellent “mais vous, cela vous laisse indifférent et que faites-vous concrètement ?” ; On se doit de se sentir concerné, de réagir à son niveau pour signaler, voire dénoncer les injustices et s’impliquer d’une façon ou d’une autre.

Tous les domaines d’injustice sont visés, l’inégalité des genres, mais aussi toutes les autres formes d’inégalité : envers les pauvres, les minorités, les handicapés, les enfants, les personnes âgées, les personnes en surpoids… Et la posture de dénonciation-action s’attaque aussi aux dysfonctionnements de la société : la corruption, l’immoralité, la mauvaise gestion de fonds publics, des transports, de la santé, de l’éducation, l’abus de pouvoir, le non-respect des individus etc.

L’expression de l’indignation, de la juste colère, la libération de la parole des victimes et l’action qui s’en suit sont en train de changer la façon dont la société réagit, avec certains risques de rumeurs incontrôlées et de jugement ultra-rapide par la foule. Cette attitude n’est en effet pas réservée à la contestation humaniste (largement dominante), et elle peut aussi parfois être portée par des minorités très politisées et se faire grégaire, conservatrice, nationaliste, ultra moralisatrice.

Avec la puissance de l’Internet, des mouvements d’indignation peuvent s’étendre rapidement avec un relais extrêmement court entre la prise de conscience, l’indignation, la dénonciation et le passage à l’action.

L’attitude woke se retrouve actuellement dans tous les pays développés avec le même fond de quête de sens et d’action pour une transition humaniste, avec des formes et des intensités variables. En Europe, elle porte sur les mêmes thèmes qu’aux États-Unis (défense des femmes et des minorités, exigences de conformité humaniste, écologique sociale… mais avec aussi une composante plus marquée politiquement (mouvement des indignés, de nuit debout, de podemos, des zadistes, des gilets jaunes…)

Elle se traduit également par le passage à l’action concrète pour proposer des solutions et à la prise d’initiatives associatives, solidaires et sociales, qui connaissent actuellement en France, un développement considérable.

D’après Marc Giget  – Club de Paris des directeurs de l’innovation. 
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“Vote him away”

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Désespoir et ressentiment, carburants de la popularité de Trump

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche n’a pas été un accident, mais la concrétisation d’une tendance lourde dans la société américaine.

En 2015, deux économistes de Princeton, Anne Case et Angus Deaton, ont publié une analyse montrant que la mortalité des “Blancs non-hispaniques” âgés de 45 ans à 54 ans, augmentait depuis le tournant du siècle.

Ces morts inattendus de plus en plus nombreux, ont été baptisés les “morts de désespoir

Dans cette catégorie de population, surtout chez les moins diplômés, c’est la mortalité par suicide, par surdose de stupéfiants ou de médicaments, ou par surconsommation d’alcool qui augmente, année après année. Au point d’entraîner une baisse de l’espérance de vie aux Etats-Unis. Celle-ci a commencé à stagner au début des années 2010 et a baissé entre 2014 et 2017. Selon nombre d’analystes, c’est dans ces franges de l’Amérique blanche déclassée, désespérée que se recrute une bonne part de l’électorat de Donald Trump.

Au printemps 2017, Anne Case et Angus Deaton ont tenté de déterminer les causes de ce désespoir. Avec prudence, ils suggèrent une variété de déterminants. Certains, classiques, tiennent à l’accès au marché du travail, et au niveau de revenu. Mais cela ne suffit pas à tout expliquer.

L’augmentation de la mortalité chez les quadragénaires blancs va de pair avec une hausse de la morbidité, notamment la détérioration de la santé physique et mentale, et d’une augmentation des douleurs chroniques, écrivent les deux économistes.

Les maladies chroniques nourrissent le désespoir, et la rancœur est certainement l’un des carburants de la popularité du 45e président des Etats-Unis. Une chaîne possible de causalités d’autant plus inquiétante que d’autres chercheurs suggèrent que d’autres communautés commencent à suivre les mêmes tendances.

Dans une société qui produit de plus en plus de désespoir, rien de bon ne peut en sortir (érosion du lien social, destruction de l’environnement, impossibilité d’entrevoir un avenir serein pour ses enfants…)

En 1976, le démographe et historien français Emmanuel Todd avait prévu l’effondrement de l’Union soviétique (nov. 1989) en analysant différentes données dont le taux de mortalité infantile et quelle meilleure métrique du désespoir que la mort des enfants ?

D’après Stéphane Foucart, Le Monde novembre 2020

Lu le 8 novembre 2020 sur un forum pro-Trump :
“Mec, 70 % des Américains sont en surpoids et 40 % sont obèses. Les gars pro-Trump qui se masturbent en rêvant d’une guerre civile sont trop occupés à essayer de respirer sur leur fauteuil roulant électrique pour réussir à former une armée”…

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Éloge de la lecture

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé” écrivait Montesquieu.

Pour Chantal Thomas “Lire est un acte intellectuel et sensuel qui démultiplie notre horizon. On est à la fois ici et très loin, ou dans une mentalité qui nous était étrangère et qui devient nôtre, c’est une des magies les plus fortes qui nous soit offertes”

Selon les neurobiologistes, la lecture d’un livre engage plus de 80 % de notre activité mentale, contre seulement 15 % lorsque l’on voit un film. Lire affûte notre esprit, tout en contribuant à notre bien-être en diminuant le stress.

En 2009, une étude britannique a établi que la lecture fait baisser le stress de 68% en six minutes, mieux qu’une tasse de thé, une promenade ou l’écoute d’une musique classique.

Car la lecture est une oasis, un abri qui protège de la vitesse et de l’immédiateté du monde en nous permettant de prendre le temps de penser, d’analyser, de se construire, de rêver sa vie. Quand on lit, on écarte les sollicitations extérieures pour entrer dans un autre temps, une autre respiration, ou l’on réapprend à être attentif.

Il a été démontré que la lecture, celle de grands romanciers en particulier, développe notre empathie et notre capacité à nous mettre à la place de l’autre. Des bibliothérapeutes, vont jusqu’à prêter des pouvoirs guérisseurs aux livres, prescrivant tel ou tel roman selon que l’on souffre d’un chagrin d’amour ou… d’une jambe cassée.

La lecture apporte des bénéfices incomparables en termes scolaires : meilleurs vocabulaire, orthographe et syntaxe, plus grande aisance. C’est pourquoi, la lecture permet en général de faire des études plus poussées.

Si les gens ont envahi les librairies après les attentats de 2001/2015 et pendant le premier confinement, c’est parce que la lecture est non seulement utile mais aussi vitale. Quand tout autour de nous s’écroule, elle nous abrite et nous aide à mettre des mots sur nos maux.

Ses bienfaits, pour être littéralement inestimables, n’en trouvent pas moins des applications concrètes. Elle fait de meilleurs médecins, par exemple. Car manier le bistouri ou délivrer une ordonnance ne suffit pas, il faut aussi savoir raconter et écouter.

La lecture fait aussi de meilleurs juges car un magistrat ne peut se contenter de connaitre la loi; Il doit l’appliquer en tenant compte des situations particulières. Ce que permet précisément la lecture des romans, qui développe la compréhension de l’autre et donc la prise en compte du contexte dans lequel se sont déroulés les faits.

Et la lecture nous aide aussi à mieux dialoguer et à mieux communiquer, car en élargissant et en enrichissant la palette des mots et des idées à notre disposition, elle permet de mieux les choisir et de mieux les adapter à ce que l’on veut dire ou écrire.

Nous sommes des êtres d’émotion et d’intuition autant que de raison. La lecture est précieuse non seulement pour le savoir que nous en retirons, mais aussi pour les vibrations qu’elle fait naître dans nos esprits.

“L’imagination est plus importante que la connaissance” disait Einstein.

D’après Minh Tran Huy, Le Figaro, 2018
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Le stoïcisme, un remède cognitif au coronavirus

Approprié aux revers de l’existence, et en nous préparant psychologiquement au pire, le courant philosophique de Marc-Aurèle et de Sénèque a, en ces temps de pandémie, particulièrement la cote.

“N’agis point comme si tu devais vivre des milliers d’années ! L’inévitable est sur toi suspendu… ” méditait Marc-Aurèle dans ses Pensées pour moi-même, rédigées entre 170 et 180 après Jésus-Christ, au temps de l’épidémie qui porte le nom de sa dynastie, la peste antonine, cette maladie, qui était en réalité une variole et qui l’a peut-être tué.

Dix-neuf siècles plus tard, en pleine crise du coronavirus, le journal de l’empereur stoïcien et les Lettres à Lucilius, de Sénèque, font un tabac.

Pour ces sages grecs puis romains, il s’agissait d’anticiper le pire, notamment la perte de tout ce qui nous est cher. Grâce à la præmeditatio malorum un exercice de visualisation négative (s’imaginer veuf, ruiné ou aveugle, par exemple), et à certaines privations volontaires (s’exercer à vivre avec le minimum vital, sortir en sandales en plein hiver…), les stoïciens se préparaient aux possibles revers d’une vie imprévisible et souvent douloureuse, et à une élégante répétition générale de la catastrophe.

Relisons Sénèque : “En considérant d’avance tout ce qui peut arriver comme devant arriver, on amortira le choc de tous les malheurs, lesquels ne surprennent jamais ceux qui s’y sont préparés et qui s’y attendent. C’est pour ceux qui se croient en sécurité et qui vivent toujours dans l’attente d’évènements heureux, qu’ils sont pénibles”

La pandémie et les restrictions qu’elle impose, nous obligent à faire ce qu’ils nous conseillent depuis 2.000 ans : ne rien tenir pour acquis. Loin de la noircir, cette attitude donne de la saveur, du relief et du prix à notre existence. C’est pourquoi le stoïcisme est utile même pour ceux qui sont gâtés par la vie.

Épictète, dont le fameux Manuel, résume en treize pages toute la philosophie stoïcienne. Ce sage, boiteux, qui avait grandi esclave, partait du principe que “ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont”, principe qui inspira les inventeurs américains des thérapies comportementales et cognitives.

Ne pas en vouloir aux événements, travailler sur nos représentations, trouver dans le malheur une occasion de progrès intérieur, changer ce qui peut l’être, penser à la mort sans fascination, sans grandiloquence, sans esquive, sans indifférence. Et cultiver chaque jour la gratitude et l’émerveillement.

Les prescriptions universelles de ces psychologues avant l’heure n’ont pas pris une ride.

 Sénèque “La tranquillité de l’âme” – Et Stéphanie Chayet, Le Monde juin 2020.

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