Melody Gardot sauvée par la musique et le chant

La diva du jazz Melody Gardot évoque sa renaissance après l’accident qui faillit lui coûter la vie à 19 ans.

En treize ans, la chanteuse, auteure et compositrice américaine s’est imposée sur la scène mondiale du jazz.

“À 19 ans ma vie a totalement basculé quand un chauffard m’a renversée. Mon bassin a été brisé, ma colonne vertébrale atteinte, sans compter les lésions cérébrales et traumatismes multiples. Je suis restée un an à l’hôpital, allongée sur le dos, paralysée. Le diagnostic était désespéré. Chaque journée, dans les dix ans qui ont suivi, équivalait à gravir l’Everest”

“Mais tout n’était pas perdu puisque j’avais mes mains ! Comme j’avais toujours voulu peindre, j’étais sauvée ! N’avais-je pas vu un reportage sur des handicapés qui tenaient leur pinceau entre leurs dents ?”

“Un jour ma mère m’a apporté une guitare et j’ai appris à en jouer, entièrement allongée, en collant des onomatopées sur des sons, un peu comme le scat : bap bap ta ta ta ba ba. Puis j’ai varié les syllabes. Et au bout de plusieurs mois, les mots ont surgi, incertains, sur des airs, ce qui en faisait des chansons”

“Je vivais avec 150 dollars par mois d’assistance publique, plus 150 de prime handicap. Mais ma perte de mémoire engendrée par le traumatisme crânien avait au moins un avantage, c’est que je ne me souvenais jamais de la veille, ni de ce qui aurait dû être mon grand sujet d’inquiétude. L’inconvénient, c’est que j’ai dû réapprendre à tout faire : parler, manger, me laver les dents… ”

“Parmi mes troubles neurologiques, il y avait l’anomie, un trouble grave de la parole. Un truc fou. Mon cerveau fonctionnait, mais j’étais incapable de formuler des mots. Je balbutiais comme un bébé : beup beup beup. Et c’est là que la musique m’a aidée”

“Comme j’oubliais tout au fur et à mesure, j’enregistrais trois notes avec un petit magnéto, puis cinq, puis de courtes phrases, je réécoutais et j’enchaînais. Je confiais ainsi à ma guitare ce que je ne pouvais dire à personne, moi qui avais 20 ans et vivais comme un petit chiot, au jour le jour, immobile, incapable de me projeter dans l’avenir”

“Un ami a mis sur Myspace l’un de mes enregistrements qui n’était, au départ, qu’un exercice de mémoire. Puis quelqu’un m’a demandé si je ne voulais pas venir jouer deux ou trois chansons dans un concert de charité. J’ai été tentée, sachant pourtant que je ne pouvais pas rester assise plus de quinze minutes sur mon fauteuil roulant

“Une radio de Philadelphie m’a alors réclamé un CD. Je n’en avais qu’un seul, enregistré sur mon pauvre ordinateur. Et ça a cartonné. Puis quelqu’un de merveilleux m’a proposé d’enregistrer un vrai disque, alors que je n’avais pas un rond, que j’étais toujours en fauteuil roulant, équipée d’un appareil auditif pour réguler l’intensité des sons qui résonnaient dans ma tête comme un haut-parleur détraqué, et de lunettes fumées pour protéger mon hypersensibilité à la lumière. Le CD a explosé, Universal m’a signée, et tout s’est enchaîné”

“Je suis bouddhiste et je crois que les vies se succèdent. À 19 ans je suis morte. À 19 ans, je suis née. Comme j’en ai aujourd’hui 33, cela signifie que je n’ai que 14 ans dans ma deuxième vie. Je suis une ado !”

D’après Annick Cojean, Le Monde mars 2018

Ce contenu a été publié dans Corps, Émotions, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *