Pas de transition verte sans croissance ou le mythe de la décroissance

La transition énergétique va nécessiter une hausse considérable de l’investissement. Production et stockage d’énergie renouvelable, construction de réseaux électriques intelligents, décarbonation de l’industrie et des transports, rénovation thermique des bâtiments et des logements. L’investissement est de l’ordre de 3 à 4 points du PIB mondial chaque année, pendant au moins 30 ans.

Cet énorme effort d’investissement ne sera possible que si certaines conditions économiques sont réunies, et en premier lieu que les taux d’intérêt restent bas car les investissements nécessaires à la transition énergétique ont des rentabilités financières faibles. Tant que les taux d’intérêt sont bas, ces investissements sont finançables. Mais ce n’est plus le cas si les taux d’intérêt remontent.

Second point, si l’investissement augmentait de 3 à 4 points de PIB et si le PIB restait inchangé, cela signifierait que la consommation diminuerait de 3 à 4 points de PIB, le PIB se partageant entre investissement et consommation.

Or, dans un premier temps, le PIB potentiel (celui qu’on peut réaliser avec le capital et la population active existants) va plutôt diminuer qu’augmenter, car la transition énergétique va d’abord détruire du capital et les emplois liés à ce capital (dans les énergies fossiles, la production de biens intermédiaires gros consommateurs d’énergies fossiles, la production de voitures thermiques, etc.)

S’il n’y a pas de hausse globale du PIB, la baisse de la consommation touchera les ménages les plus modestes et, si on veut aider ces derniers, elle sera encore plus forte pour les classes moyennes. Cette baisse peut intervenir soit parce que les ménages épargnent davantage pour investir dans la transition énergétique (rénovation des logements, acquisition en commun d’installations d’électricité verte…), soit parce que l’Etat finance par une hausse d’impôts les investissements nécessaires.

Pour éviter que la hausse de l’investissement se traduise par une baisse de la consommation, il faut donc plus de croissance, non pas à court terme mais sur le long terme, puisque l’effort d’investissement devra se prolonger pendant trente ans. La transition énergétique nécessite de la croissance, plutôt que de la décroissance.

Dans le cas de la France, un obstacle important à une hausse de la croissance à long terme est la faiblesse du taux d’emploi (la population en âge de travailler qui a un emploi est de 66 %, contre 76 % en Allemagne et 83 % en Suède), la faiblesse des compétences de la population active et le niveau élevé de certains impôts sur les entreprises (cotisations sociales, impôts de production)

Une politique économique adaptée à la perspective de la transition énergétique devrait par conséquent consacrer énormément d’efforts à l’amélioration des compétences dans le système éducatif et le système de formation professionnelle.

Patrick Artus, cercle des économistes, Le Monde, décembre 2021
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