Pourquoi les conflits sociaux sont de plus en plus violents

Dans une société de l’urgence où la pulsion emporte tout : Nous vivons dans une société de l’urgence comme disent les psychologues qui réclame de l’immédiateté et où l’instinct et la pulsion emportent tout. À défaut, elle a recours et quelle que soit la condition sociale, à des palliatifs qui procurent rapidité et intensité : vote extrémiste, hyperconsommation, fréquentation abusive des réseaux sociaux, drogue, dépendance à l’alcool, violence…

Tout, tout de suite !” semblent dire les GJ (gilets jaunes), dont la vie ressemble à une longue attente : Attente des trains, des fins de mois, d’une réponse de l’administration, d’un entretien d’embauche, d’être relié à la fibre optique, du remboursement de la CAF…

La maîtrise des horloges, voilà l’enjeu. C’est la grande leçon de cette décennie, qui a vu émerger à la fois Facebook et des leaders populistes, les chaînes d’information en continu et un mode de consommation estampillé Amazon. C’est la défaite du temps long, du compromis, du dialogue, de la délibération.

Les populistes, eux, ont compris la nécessité de réduire l’échelle du temps, quitte à bousculer les institutions et les procédures démocratiques de leurs pays. C’est Trump qui, à la Maison-Blanche, met en scène la signature de décrets avec exécution immédiate. Et il sera toujours plus simple de juger à l’œil nu l’effet d’une frontière physique que l’efficacité d’un accord sur le dialogue social dans les TPE.

Quand l’accélération de la mondialisation désoriente : Sous le mandat de Nicolas Sarkozy, le psychanalyste Jacques-Alain Miller avait expliqué la défiance de nombreux Français envers le président de la République par l’absence d’un pèrepater” à la tête de l’Etat. L’analyse vaut pour Macron, qui, comme hier Sarkozy, chercherait plus, par ses mots et son attitude, à épater (littéralement, sortir du père) qu’à rassurer un peuple désorienté par l’accélération de la mondialisation.

Quand les obsessions identitaires radicalisent : Il y a un phénomène global de radicalisation de la jeunesse à relier aux revendications identitaires partout dans le monde. Ces revendications renvoient chacun à son origine ou à sa religion et recèlent la hantise d’être menacé dans son être, d’où le recours à la haine de l’autre qui donne le sentiment d’offrir un bouclier de protection.

Même dans des pays puissants et en paix, on voit se répandre ce phénomène. La mondialisation a engendré une homogénéisation qui a mis à mal les représentations de soi-même. Avant les traditions essayaient de donner des limites, en rassurant. Cela a éclaté.

Mais il existe d’autres formes de radicalisation actuelles ou à venir. Quand vous voyez que même des végans, en principe contre la violence, deviennent des casseurs, je ne serais pas étonné qu’un jour ils aillent plus loin. Et les délires identitaires (ce que l’on appelle l’essentialisme) ne cessent de croître avec les bricoleurs de l’identité : décoloniaux, antiracistes racistes, suprémacistes…

Quand l’offre de radicalisation libère : “J’aime la haine car elle me rend plus fort” dit une jeune radicalisé. Pourquoi ? Parce que quelqu’un qui fait peur impressionne ses semblables, il se fait craindre. Or, souvent, ces jeunes se détestent eux-mêmes au départ, la rencontre avec l’offre de radicalisation leur permet de détourner la haine contre les autres. Ils découvrent alors qu’ils sont pris en considération, et obtiennent le respect, par la terreur.

Quand Internet attise les pulsions : Internet donne à quiconque un espace qui le détache de ses contenances traditionnelles, une sorte d’habitacle, où il est à la fois émetteur et récepteur de nouvelles et de vérités, sans limites. Cela attise tous les phénomènes d’agression et de haine, parce qu’il y a une libération des contraintes.

Nous avons aujourd’hui une vie familiale, professionnelle, mais aussi cybernétique, et dans cette vie-là, beaucoup de gens se conduisent comme des petits terroristes ordinaires en lançant des bombes d’injures, de menaces, d’incriminations. Chacun fabrique ses “news ” et sa vérité du moment qu’il communique à son réseau.

Cela a des incidences par exemple sur les violences de bandes que l’on constate aujourd’hui. Internet n’est pas qu’un puissant moyen de diffusion, il permet à chacun de créer une sorte de bureau des légendes personnel.

Préparons-nous à des conflits sociaux qui promettent d’être toujours plus violents.

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1 réponse à Pourquoi les conflits sociaux sont de plus en plus violents

  1. CHANTAL COURTAUX dit :

    Analyse très intéressante. Merci.

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