Camus et la grippe A

Dans les études sur les gens qui sont plus heureux que les autres, on décèle systématiquement deux facteurs. Ils ont des relations affectives stables avec des êtres proches et ils sont impliqués dans la communauté”

“L’implication dans la communauté, c’est le fait de donner de sa personne et de son temps pour une cause dont on ne tire pas de bénéfice matériel en retour. Non seulement les gens qui participent à des activités communautaires sont plus heureux, mais aussi ils sont en meilleure santé et vivent plus longtemps. Le sentiment d’être impliqué dans le groupe social, est un remède remarquable pour le cerveau émotionnel, et donc aussi pour le corps” nous dit David Servan-Schreiber.

La grippe A nous offre une bonne occasion de nous impliquer dans la communauté. Dans La Peste, Camus note qu’au début de l’épidémie de peste (qui aurait sévi à Oran dans les années 40), personne ne se sent concerné, personne n’accepte la situation, chacun étant avant tout sensible à ce qui dérange ses habitudes et atteint ses intérêts personnels. Et aussi que la première réaction, est de critiquer les pouvoirs publics.

Le héros du livre, un médecin, ne condamne pas ces attitudes, mais il en a une toute différente qu’il qualifie d’honnêteté. “C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté et dans mon cas, l’honnêteté consiste à faire mon métier”

Et il cite un exemple d’honnêteté : Les formations sanitaires faites par des volontaires. Camus nous donne une clé pour aujourd’hui. La grippe A risque de bouleverser notre vie mais la chose bonne à faire dans cette épreuve, n’est pas de nous demander comment nous allons nous arranger nous-mêmes, mais ce que nous pourrions faire pour les autres : Garder des enfants, aider à assurer un service minimum dans les écoles, dans notre milieu de travail, dans notre quartier, dans les maisons de retraite, aider nos voisins…

En nous faisant passer d’une sourde inquiétude à des projets concrets tournés vers les autres et vers l’avenir, cette perspective nous libère et renforce en outre l’estime de nous-mêmes. Voilà, après les précautions et les vaccins, un principe d’action efficace contre la grippe A.

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1 réponse à Camus et la grippe A

  1. Renate dit :

    Est-ce que ce sont la peste ou la grippe A qui doivent nous rappeler nos devoirs civiques ? JF Kennedy a dit lors de son investiture : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

    Aider les autres, ses proches, ses voisins devrait être une évidence ! Dans de petits villages, on trouve encore cette coutume et on n’a pas besoin pour autant de créer des associations bénévoles qui s’en chargent. Mais comme notre société est tellement habituée à l’assistanat, elle oublie que chacun peut prendre des initiatives pour donner son aide à l’autrui et ce sans se forcer et sans faire de grands sacrifices. Tout ceci est une question de volonté et de bon sens, et comme tu dis si bien, cela renforce l’estime de nous-mêmes et je rajoute : sans que nous nous en apercevons.

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