Désespoir et ressentiment, carburants de la popularité de Trump

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche n’a pas été un accident, mais la concrétisation d’une tendance lourde dans la société américaine.

En 2015, deux économistes de Princeton, Anne Case et Angus Deaton, ont publié une analyse montrant que la mortalité des “Blancs non-hispaniques” âgés de 45 ans à 54 ans, augmentait depuis le tournant du siècle.

Ces morts inattendus de plus en plus nombreux, ont été baptisés les “morts de désespoir

Dans cette catégorie de population, surtout chez les moins diplômés, c’est la mortalité par suicide, par surdose de stupéfiants ou de médicaments, ou par surconsommation d’alcool qui augmente, année après année. Au point d’entraîner une baisse de l’espérance de vie aux Etats-Unis. Celle-ci a commencé à stagner au début des années 2010 et a baissé entre 2014 et 2017. Selon nombre d’analystes, c’est dans ces franges de l’Amérique blanche déclassée, désespérée que se recrute une bonne part de l’électorat de Donald Trump.

Au printemps 2017, Anne Case et Angus Deaton ont tenté de déterminer les causes de ce désespoir. Avec prudence, ils suggèrent une variété de déterminants. Certains, classiques, tiennent à l’accès au marché du travail, et au niveau de revenu. Mais cela ne suffit pas à tout expliquer.

L’augmentation de la mortalité chez les quadragénaires blancs va de pair avec une hausse de la morbidité, notamment la détérioration de la santé physique et mentale, et d’une augmentation des douleurs chroniques, écrivent les deux économistes.

Les maladies chroniques nourrissent le désespoir, et la rancœur est certainement l’un des carburants de la popularité du 45e président des Etats-Unis. Une chaîne possible de causalités d’autant plus inquiétante que d’autres chercheurs suggèrent que d’autres communautés commencent à suivre les mêmes tendances.

Dans une société qui produit de plus en plus de désespoir, rien de bon ne peut en sortir (érosion du lien social, destruction de l’environnement, impossibilité d’entrevoir un avenir serein pour ses enfants…)

En 1976, le démographe et historien français Emmanuel Todd avait prévu l’effondrement de l’Union soviétique (nov. 1989) en analysant différentes données dont le taux de mortalité infantile et quelle meilleure métrique du désespoir que la mort des enfants ?

D’après Stéphane Foucart, Le Monde novembre 2020

Lu le 8 novembre 2020 sur un forum pro-Trump :
“Mec, 70 % des Américains sont en surpoids et 40 % sont obèses. Les gars pro-Trump qui se masturbent en rêvant d’une guerre civile sont trop occupés à essayer de respirer sur leur fauteuil roulant électrique pour réussir à former une armée”…

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2 réponses à Désespoir et ressentiment, carburants de la popularité de Trump

  1. Roland Partigon dit :

    Merci pour ton message mais je dois t’avouer, quitte à créer un petit étonnement, que Trump était loin de me déplaire. D’abord il était détesté des journalistes (ceux qui depuis la guerre du Vietnam nous bourrent le mou manière 1984 en nous dispensant leurs reportages) et rien que pour ça ce type me procurait pour pas cher un plaisir immense. Ensuite il a eu la perspicacité de nommer la cible, la Chine. Et ceci me plaisait dans la mesure où l’on a joué le jeu d’une mondialisation débridée en faisant rentrer dans l’OMC une puissance qui ne respectait pas les mêmes règles que les concurrents (ce qui, s’agissant de division internationale du travail, est un jeu dangereux. De mémoire on apprenait de mon temps aux étudiants que la division s’opérait selon la meilleure compétence des uns et des autres dans le cadre d’une compétition équitable). Ce ne me semble pas le cas de la Chine dont la monnaie sous-évaluée est administrée pour une guerre économique (cf. l’historique du renminby/dollar) et dont les millions de salariés (Hukou) sans statut reconnu sont spoliés par un système dont ils assurent la croissance. Cela ni Clinton ni Bush ni l’establishment ne s’y sont attaqués et pour cause…leurs supporters réclamaient ces “usines du monde”. Le problème est que maintenant la Chine nous inonde de produits pas chers et étend sa toile de Pékin jusqu’à Obock en passant par le Sri-Lanka la Birmanie et le Pakistan au travers d’investissements financés par la banque asiatique d’investissements, ceci en dehors de tout système d’appel d’offre. Cela s’appelle “one belt” : ceinture qui étrangle le pays débiteur auquel in fine la Chine impose des concessions portuaires (Sri-Lanka, Birmanie); Tout ça tu le sais, je ne crois pas que l’on puisse s’en réjouir au nom du dynamisme économique mondial. Pour te rassurer, je ne pense pas que Trump ait fait grand chose d’efficace contre cela mais au moins a-t-il nommé la chose et probablement fait moins de casse que ce que les media racontent (aucune guerre, amélioration du pouvoir d’achat des faibles salaires, économie qui s’est bien tenue); Attendons de voir ce que Biden, dont le style me convient à l’évidence mieux, arrivera à réaliser. Beaucoup pensent que la vice-présidente finira le mandat. Si tel est le cas ça risque de décoiffer…

  2. André Coffinet dit :

    Enfin une bonne nouvelle durant cette période grisâtre: l’élection de Biden. L’élection de Trump en 2016 n’était pas un accident mais correspondait à un courant populiste poussé effectivement par la rancœur et le ressentiment. Trump a flatté le penchant haineux de certains américains. Les mauvais instincts humains ont soudain trouvé une légitimité pour s’exprimer sans honte. Notre société est, elle aussi, minée par ce dangereux virus !! Et il y a une forte contagiosité.

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