Combattre l’éco-anxiété

Sauver l’humanité, cesser de creuser nos propres tombes, cesser de brutaliser la biodiversité, de nous tuer nous-mêmes, de pousser l’humanité au bord du gouffre…” ; On comprend l’anxiété que ce genre de discours peut générer.

L’éco-anxiété est une des thématiques rencontrées dans l’anxiété généralisée, et qui devient centrale notamment chez les jeunes. L’impact sur la santé mentale d’événements comme les canicules, les incendies de forêts, les catastrophes naturelles, est impressionnant, une sorte de deuil écologique.

Une étude récente portant sur 10.000 jeunes de 16 à 25 ans dans 10 pays différents indique que pour les trois quarts d’entre eux le futur est tout simplement effrayant. Pour plus de la moitié de ces jeunes, l’humanité est condamnée.

L’éco-anxiété peut aller, chez certains, jusqu’à un état de souffrance, avec des symptômes dans le champ des troubles anxieux : attaques de panique, angoisses, troubles du sommeil, et toute une gamme d’émotions négatives. À chaque fois qu’un événement se produit, on en voit les images, beaucoup de personnes le vivent comme si c’était leur propre terre et leur propre corps qui était exposé.

Et il y a un effet d’accumulation, avec le sentiment que les menaces se rapprochent dans le temps et dans l’espace, et qu’on sera un jour concerné directement. On utilise désormais le terme de stress pré-traumatique, comme s’il y avait anticipation d’une catastrophe qui peut nous tomber dessus à tout moment.

Ainsi de la solastalgie qui correspond au sentiment douloureux de voir un endroit connu modifié, par exemple par l’érosion du littoral, sans retour en arrière possible. Tout cela peut devenir obsédant.

Et dans leur difficulté à se projeter dans l’avenir, beaucoup sont décidés à ne jamais avoir d’enfant. Jusqu’à présent, malgré des périodes dramatiques, la descendance représentait pour la plupart des gens un espoir. La finitude que l’on connaît tous et qui est à la base des angoisses de mort était un peu allégée par la perspective d’une transmission. Le fait de renoncer volontairement à cela semble être un changement majeur de vision du monde et qui renforce l’angoisse.

Comment combattre l’éco-anxiété ?
Le premier remède est de l’ordre de l’hygiène de vie émotionnelle : Il faut bouger, s’aérer l’esprit au grand air. Les études scientifiques démontrent les effets bénéfiques des espaces verts, des arbres etc. sur le corps et le psychisme dans les cas de stress pré-traumatique.
Faites ces expériences : Regardez le soleil et imaginez qu’il vous prend dans ses bras. Regardez un arbre et imaginez que vous le serrez dans vos bras. Parlez-lui, vous vous sentirez beaucoup mieux et vous oublierez la fin du monde. D’autres remèdes contre l’éco-anxiété sont du domaine de la réflexion et de la raison.

Fin de l’humanité ?
En l’an mille déjà, les gens étaient pris de stress pré-traumatique et de panique car la fin du monde approchait… à grands pas ! Cette grande peur était d’essence religieuse, comme l’est aujourd’hui l’écologie radicale, sorte de nouvelle religion qui mythifie un âge d’or et une Nature stationnaire et bienfaisante.

Disparition des espèces ?
Version éco-décliniste : 12% des oiseaux sont en voie de disparition. Version éco-moderniste : les extinctions concernent environ 1% des espèces sur les 2 millions répertoriées et on découvre plus de 16.000 nouvelles espèces par an. Depuis l’origine de l’humanité, 90% des espèces ont disparus, mais d’autres sont apparues, car mieux adaptées. L’évolution est faite de perdants et de gagnants. Les changements climatiques rendent des régions moins hospitalières pour certaines espèces mais plus accueillantes pour d’autres.

Par exemple, la disparition des dinosaures a fait le bonheur des mammifères car pour eux, l’extinction d’une (grosse) espèce concurrente a été favorable. Les espèces sont opportunistes et les extinctions de certaines espèces n’ont jamais causé “la fin de la vie” sur Terre. Faut-il sauvegarder l’espèce moustique, l’animal qui a causé le plus d’homicides et l’espèce criquet, l’animal qui affame les populations d’Afrique de l’Est ?

Surpopulation ?
Version éco-décliniste : La croissance démographique rend notre planète toujours plus toxique et inhabitable. Plus il y a d’êtres humains sur Terre, plus on consomme, plus on produit de déchets et plus on pollue. Version éco-moderniste : à Paris au XIVe siècle, il y avait 200.000 habitants, contre 2 millions actuellement, pourtant, au Moyen Âge la pollution de l’air et de l’eau tuait beaucoup plus de Parisiens, en proportion de la population, qu’aujourd’hui.

Une large démographie favorise le progrès technique, grâce à plus de cerveaux, plus d’émulation, plus de concurrence, plus d’innovation. Les nuisances environnementales reculent à mesure que les pays s’enrichissent. C’est à mesure que les peuples s’enrichissent qu’ils parviennent à se doter des technologies nécessaires à l’assainissement du monde, comme par exemple l’ingénierie climatique.

Vive la décroissance ?
Version éco-décliniste : En 1798 le pasteur Malthus prédisait déjà que la Terre ne pourrait pas nourrir une population en croissance exponentielle. Et dans les années 70, le Club de Rome nous prédisait des famines inéluctables, parce qu’il y aurait une pénurie de terres arables.
Version éco-moderniste : Rien de tout cela ne s’est produit et ça fait deux siècles que les malthusiens se trompent. Dans les dernières décennies, on a réduit de 66% la surface de terre nécessaire à la production d’une même unité de nourriture. La variable qui change et qui permet de nourrir la planète en augmentant les rendements à l’hectare est technologique.

La faute à la civilisation industrielle ?
La dénonciation de la civilisation industrielle, est une idéologie qui reprend à son compte tous les préjugés et les poncifs rousseauistes. Rousseau a acquis la célébrité en vitupérant le progrès, qu’il soit des arts, des sciences et des techniques, qui nous éloigne de l’état de nature paradisiaque (la fable du bon sauvage) et aboutit à la corruption des hommes.

Les écologistes radicaux accusent la civilisation industrielle de détruire la nature à mesure qu’elle se développe, ce qui sous-entend que les sociétés faiblement industrialisées, elles, bénéficient d’un environnement paradisiaque. En fait, ce récit ne correspond à rien sur le plan historique et géographique. Les pays qui aujourd’hui sont le plus accablés par la pollution sont les pays faiblement industrialisés.

La faute au capitalisme ?
Le rendement est de faire un usage toujours plus efficace d’une ressource finie. Or, c’est là le paradoxe du discours écologiste radical et de sa vision anticapitaliste, qui méprise les notions de rentabilité et de rendement. Si le but du jeu est de produire toujours plus de richesses en réduisant les gaspillages, nous devrions encourager le système économique qui récompense le plus la recherche du rendement. La meilleure façon de lutter contre le changement climatique, est de s’appuyer sur des entrepreneurs innovants, ce que permet justement le capitalisme.

Mais le meilleur remède est encore d’ordre philosophique : Il faut nous convaincre que “le bonheur, c’est de continuer à désirer ce que l’on possède” (Saint Augustin) ; que “la vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent” (Camus) et que “la seule sagesse crédible, c’est l’amour de la vie” (Comte-Sponville)

Avec Antoine Pelissolo et Célie Massini, “Les Emotions du dérèglement climatique”, Ferghane Azihari “Les Écologistes contre la modernité”, Sandrine Cabut (le Monde oct. 2021)
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