La cigale et la fourmi

La fourmi travaille dur tout l’été dans la canicule. Elle entretient sa maison et prépare ses provisions pour l’hiver. “Trop n’a jamais manqué” pense-t-elle. La cigale trouve la fourmi trop sérieuse, et elle rit, danse, joue tout l’été. “Rien de trop” se dit-elle.

L’hiver arrive. La fourmi est au chaud et bien nourrie. La cigale elle, grelottante de froid et affamée, organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d’être au chaud et bien nourrie, pendant que d’autres comme elle, qui ont eu moins de chance, ont froid et faim.

Une écologiste affirme que la fourmi est faussement laborieuse, un homme de droite ajoute, qu’elle n’a pas l’air très catholique et un ténor du gouvernement “Une ça va, quand ça grouille, bonjour les dégâts !”

La télévision organise des émissions en direct qui montrent la cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions. Les Français sont choqués de voir que dans un pays si riche, on laisse souffrir une pauvre cigale pendant que d’autres vivent dans l’abondance. “Où est l’égalité ? Où est le Care ?

Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi. Les journalistes organisent des interviews, demandant pourquoi la fourmi est devenue si riche et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu’elle paie “sa juste part”

Le parti socialiste, le parti communiste, la ligue communiste révolutionnaire, le nouveau parti anticapitaliste, les écologistes, la CGT, SUD et FO, organisent des seat-in et des manifestations devant la maison de la fourmi. Les fonctionnaires décident de faire une grève de solidarité de 59 minutes par jour pour une durée illimitée.

Un philosophe en vogue (BHL) dénonce l’embrigadement secto-écolo-religieux dans les fourmilières. Une commissaire européenne s’indigne du traitement réservé en France aux cigales “Les cigales sont des filles du voyage. On ne sait pas très bien quand elles arrivent, quand elles repartent, ni où elles habitent. Il faut les protéger”

En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l’égalité économique et une loi rétroactive antidiscrimination. Les impôts de la fourmi sont fortement augmentés et elle reçoit deux amendes, une pour ne pas avoir embauché la cigale comme aide ménagère, une autre pour avoir dépassé la durée légale du travail. La maison est réquisitionnée car la fourmi n’a plus assez d’argent pour payer impôts et amendes.

La fourmi quitte la France et s’installe en Suisse. La télévision fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée. Elle est en train de finir les dernières provisions de la fourmi bien que le printemps soit encore loin. Des rassemblements d’artistes et d’écrivains de gauche, se tiennent régulièrement dans la maison de la fourmi. Renaud chante “J’ai honte pour toi, fourmi !” et les anarchistes hurlent “Ni dieu, ni reine, foutons en l’air les fourmilières !”

L’ancienne maison de la fourmi, devenue logement social, se détériore car la cigale ne fait rien pour l’entretenir. De tous cotés, des reproches sont faits au gouvernement pour ce manque scandaleux de moyens. Une commission d’enquête est mise en place. Les journaux et la télévision commentent l’échec du gouvernement à corriger les inégalités.

La cigale meurt piquée par un moustique-tigre. La maison est squattée par un gang de cafards immigrés qui organisent un trafic de drogues et terrorisent la communauté. On se félicite en France et à l’étranger, du brassage social réussi et de la biodiversité renforcée.

Ce contenu a été publié dans Le coin philo. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à La cigale et la fourmi

  1. VIALLE Guy dit :

    Cette fable illustre bien les excès et dérives de la situation de la France. Que diable, soyons généreux avec les économies et les efforts des fourmis et si cela ne suffit pas, souscrivons des emprunts à la place de ceux qui seront chargés de les rembourser pour satisfaire les fantasmes démagogiques des autres, les cigales et leurs protecteurs de tout poil.
    Un mot d’ordre en vogue aujourd’hui, haro sur les niches fiscales et à quand haro sur les niches sociales ?
    Une anecdote sur le sujet, une amie de ma mère loue depuis 15 ans une petite maison en Auvergne à un couple sans emploi pendant tout ce bail. Ils ont eu 6 enfants. A la naissance du 3°, l’assistante sociale a fait pression sur l’amie de ma mère pour qu’elle transforme le garage en chambre pour loger tout ce beau monde. Au printemps, elle constate que le petit dernier va à l’école en taxi (4 trajets/jour) alors qu’il existe un ramassage scolaire gratuit. Elle s’interroge sur ce fait étrange. Elle découvre qu’il souffrirait d’une peur des autres et donc qu’il faut lui épargner le “traumatisme” du car. Celui de l’école n’étant sans doute pas un problème …!!! Par ailleurs, elle croise au supermarché la mère accompagnée de l’assistante sociale pour faire ses courses. Pendant combien de temps pourra-t-on payer toutes ces dérives ?

  2. Guy dit :

    Bravo pour ta fable revisitée. Une seule remarque en contradiction avec l’ornithologie : Contrairement au règne animal, je crains que les cigales soient désormais plus nombreuses que les fourmis.

  3. Marcel Texier dit :

    Fable à envoyer aux journaleux du 20 h pour 2 raisons : La première c ‘est que c’est drôle et la seconde, ça change de la soupe que l’on nous sert.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *