Au pays des samouraïs

Il faut rien connaître ou rien comprendre au Japon, pour croire que les Japonais réagissent avec fatalisme et passivité au désastre de Fukushima (11 mars 2011) Ils nous donnent en réalité une formidable leçon de maîtrise de soi.

Dans “Le Mouchoir” (une nouvelle japonaise des années 20 citée par Philippe Pons), une mère vient annoncer la mort de son fils au professeur qu’il avait eu. Impassible, la mère fait le récit de ce qui s’est passé. En se penchant pour ramasser l’éventail qu’elle a laissé tomber, le professeur voit sous la table les mains de son interlocutrice, tremblantes et crispées sur son mouchoir. Tout en gardant le sourire sur son visage, la femme pleurait de tout son corps…

Là-bas, la figure du samouraï est toujours présente. “Les samouraïs doivent apprendre avec certitude la Voie de la tactique, avoir la maîtrise des autres arts martiaux, n’avoir plus aucun point obscur sur la Voie qu’ils doivent pratiquer, n’avoir plus aucun égarement d’esprit, ne jamais se relâcher à aucun moment, depuis le matin. Polir ces deux vertus : sagesse et volonté, aiguiser les deux fonctions de leurs yeux : voir et regarder, et ainsi n’avoir aucune ombre. Alors, les nuages de l’égarement se dissiperont” écrivait Musashi, prince des samouraïs (traité des 5 roues, 1645).

Et le guerrier-philosophe ajoutait : “Vénérez les bouddhas et les divinités sans compter sur eux, ne reculez pas pour de fausses croyances, en toutes choses habituez-vous au jugement intuitif, devenez votre adversaire” ; Le hara-kiri des guerriers (et de leurs épouses), sensé faire expier une faute impardonnable ou se laver d’un échec personnel, relevait-t-il de la passivité ou d’une maîtrise de soi hors du commun ? Aujourd’hui encore, les archers zen japonais cultivent sans fin la maîtrise de leurs gestes et de leur respiration pour parfaire leurs tirs.

Surtout, le peuple japonais confronté depuis toujours à toutes sortes de catastrophes meurtrières, a d’une façon naturelle intégré l’acceptation de l’inévitable, principe central du bouddhisme et des grands philosophes grecs, condition première de la maîtrise de soi.

“Si tu veux vivre libre et heureux, sans illusion puérile, sans désir insensé et sans crainte superstitieuse, partage toujours les choses entre ce qui ne dépend pas de toi et ce qui dépend de toi” disait Épictète. “Ce qui ne dépend pas de toi, ce sont les circonstances extérieures, c’est-à-dire tout ce qui appartient au destin, à la société, comme la vie et la mort, la santé et la maladie, la beauté et la laideur, la force et la faiblesse”

“Ce qui dépend de toi, ce sont tes idées, tes jugements, tes désirs, tes aversions, en un mot tout ce qui est ton œuvre propre. Par exemple, mourir ne dépend pas de toi, mais ton attitude vis-à-vis de la mort dépend de toi” ; “Le sage ne cherche pas à changer ce qui est impossible à changer. Il accepte le vent du nord ou du sud, de l’est ou de l’ouest, tout en l’utilisant et s’en protégeant” disait Sénèque.

Et les japonais ont tiré lucidement toutes les leçons de leur histoire ponctuée d’épreuves. Se convaincre de la fragilité de toute chose, ne pas s’en remette à un État-Providence qui ne peut pas tout, ne pas croire au risque zéro et à son avatar le principe de précaution et surtout ne compter que sur soi tout en restant solidaires dans les épreuves : Les habitants de l’Archipel ont réduit leur consommation par solidarité avec les sinistrés.

Voilà la force que donne une authentique maîtrise de soi. Et si nous, Français, champions du dénigrement, de la surenchère verbale et de l’assistanat, prenions un peu exemple sur les japonais ?

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2 réponses à Au pays des samouraïs

  1. Elisabeth LOEDEL dit :

    Très intéressant et très juste!

    Pour compléter, dans un autre style, je te fais partager un texte envoyé par un ami et te laisse l’apprécier mais tu connais peut-être.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai compris qu’en toutes circonstances,
    j’étais à la bonne place,
    au bon moment.
    Et, alors, j’ai pu me relaxer.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Estime de soi.
    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle,
    n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Authenticité.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai cessé de vouloir une vie différente
    et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Maturité.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai commencé à percevoir l’abus
    dans le fait de forcer une situation, ou une personne,
    dans le seul but d’obtenir ce que je veux,
    sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts
    et que ce n’est pas le moment.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Respect.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai commencé à me libérer
    de tout ce qui ne m’était pas salutaire,
    personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
    Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Amour Propre.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai cessé d’avoir peur du temps libre
    et j’ai arrêté de faire de grands plans ,
    j’ai abandonné les mégaprojets du futur.
    Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime,
    quand ça me plait et à mon rythme.
    Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle Simplicité.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai cessé de chercher
    à toujours avoir raison et me suis rendu
    compte de toutes les fois où je me suis trompé.
    Aujourd’hui, j’ai découvert l’Humilité.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
    Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
    Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois, et ça s’appelle Plénitude.

    Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
    j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir,
    mais si je la mets au service de mon cœur,
    elle devient un allié très précieux.

    Ce texte paraît être dû à Kim & Alison McMillen, selon certaines sources:

    A méditer!………
    Bises
    Elisabeth

  2. chauveau dit :

    Certes, une certaine maîtrise de soi pour masquer la réalité des faits et des chiffres !
    Bien à toi
    Jean

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